Archives Journalières: 25 mai 2009

Mawazine et la classe moyenne.


Tout d’abord, j’avoue que la promotion des arts et leur ouverture sur le grand public est un acte à encourager. Néanmoins, nous sommes en notre droit de nous demander sur l’efficacité des actions de promotion.

 

Mawazine, nom du festival, devenu fameux, de la ville de Rabat, signifie en arabe rythmes, équilibres, balances. Ironie du sort, le mot est extrait de la même racine que Mizanya, qui signifie budget. Parlons alors justement des budgets.

 

Sans vouloir retenir des arguments « populistes » de la sorte de : « Avec le même budget, on aurait pu aider plus de pauvres, construit plus d’école, … », je ne partage pas nécessairement ce point de vue guère clairvoyant. L’art et la culture ont une place centrale dans la vie de toutes les civilisations et de toute société qui se veut moderne, libérée et épanouie.

 

Ce que je déplore par contre, est malheureusement les indemnités faramineuses octroyées à certaines « stars » de la chanson. Certaines indiscrétions parlent de 600.000 dirhams d’indemnités pour un seul chanteur ! Pour 4 heures de prestation, il perçoit cette somme astronomique, ou encore, en bon calculateur, 150 miles dirhams pour une heure de « prestation », soit l’équivalent de plus de 14.700 heures de labeur d’un Smigard. Mieux encore, le plafond de revenus, tel que définit par le Haut Commissariat au Plan HCP, se situe à 55 Dirhams de l’heure. L’indemnité de notre artiste s’élève à 11.000 heures de travail d’un citoyen de la « classe moyenne » dite supérieure. Six ans et demi de travail d’un ouvrier payé au Smig payé en une heure de « chant » ! c’est une atteinte grave aux valeurs, celles du travail et du mérite, et une insulte pas seulement à cette « classe moyenne », mais aussi à toutes les classes.

 

Revenant justement sur le sujet de la classe moyenne. Un sujet qui passionne apparemment par la complexité d’analyse. Les communications récentes du HCP avancent ce qui suit : « Durant la période 1998-2006, on a assisté à une amélioration certaine des revenus des Marocains. Le revenu brut disponible (par an et par habitant) a, en effet, augmenté, selon les données de la comptabilité nationale, de 4,1% par an. Avec une inflation de 1,8%, le pouvoir d’achat de la population marocaine s’est donc amélioré de 2,3% par an. Il y a lieu de noter toutefois que la distribution des revenus au Maroc, telle qu’elle ressort de l’enquête précitée, reste inégalitaire. ». Voilà le mot qui est lâché : « Inégalité de la distribution des revenus ».

 

Répartition des richesses, mais aussi de la culture. Le budget colossal de Mawazine a été tellement budgétivore que maints autres festivals, non « officiels », ne se tiendraient pas à cause d’un manque de sponsors. Ces derniers ont été amenés, vu sa grandeur, à offrir la grande part de leurs rubriques « COM’ » au très officiel festival de la capitale, Mawazine. Dernier incident en date, le Boulevard, festival jeune des musiques, ne se tiendra pas cette année et cèdera sa place au Tremplin, une célèbre compétition qui précède le festival de la scène alternative casablancaise. D’autres événements, dans plusieurs régions et dans plusieurs domaines culturels, seraient décalés ou annulés par manque de moyens.

C’est bien d’avoir un festival d’une grandeur qui valoriserait la capitale. C’est bien d’offrir à un public assoiffé des scènes gratuites produisant les « stars ». C’est encore mieux de penser local, à promouvoir les scènes, les artistes et la culture locaux. C’est évidemment meilleur d’associer à ces festivité une réelle valorisation d’une « classe moyenne », capable de doper le pays en matière de création de la valeur, de consommation et d’épanouissement.

 

 

Nota : ce n’est qu’à l’achèvement de ce texte que j’ai appris le décès de 11 personnes lors une bousculade dans une des scènes de Mawazine. Mes sincères condoléances aux familles des victimes et prompt rétablissement aux blessés.

 

Mounir BENSALAH.

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