Au Maroc, Mohamed VI règne, gouverne, juge, légifère, … sans opposition!

J’avais commencé depuis un certain temps à écrire mes impressions à l’occasion du 10 anniversaire de l’intronisation de Mohamed VI, puis j’ai arrêté en me disant que plusieurs analystes auraient fait pareil, et par paresse, je les laisse faire. Entre « nouveaux orientalistes » et réfuzniks, peu d »analyses objectives sur les 10 ans de règne. C’est ainsi quand Larbi a lancé son appel, il m’a implicitement encouragé à participer au « jeu ». Je le remercie de m’avoir poussé à transcrire ce que je pense être un regard, parmi tant d’autres. J’espère être aussi positif, citoyen et responsable 🙂 J’aurais certainement oublié beaucoup de détails, mais 10 ans, en 10 paragraphes, c’est assez réducteur. J’espère avoir contribué à une lecture objective et constructive. Alors que Malika Ahfiri pense que « ce que l’on constate très nettement est que les dix années de règne du Roi Mohammed VI sont appréciés. Applaudis. Le Roi est aimé au Maroc. Il n’est pas craint. N’est ce pas là l’une des plus rassurantes et belle transition démocratique du Royaume? », Politis se demande : « Doit-on pour autant prétendre que les dix dernières années sont à passer par pertes et profits pour le Maroc ? », tandis qu’un fan et « … » d’internet, Baskaoui estime « devant de tel gouvernement les marocains n’ont confiance que dans les décisions sage de SM Mohamed 6 ,car les marocains sont maintenant sûr que ni le gouvernement ni les parties politique ne sont pas encors apte a prendre la responsabilité et que seule les directives royales était là pour corriger les erreurs incessantes du gouvernement et le pousse à penser aux intérêts des marocains non à ses intérêts personnelles. » Laurent, blog casawaves, estime quant à lui  qu’ « En conclusion, beaucoup de choses sont à construire, mais l’avenir est ouvert ». Vous aussi, vous pouvez en parler. Essayez 🙂

Au Maroc, Mohamed VI règne, gouverne, juge, légifère, … sans opposition.

Beaucoup d’observateurs ont porté un grand espoir sur le règne du Roi Mohamed VI. L’image du Roi jeune, moderne et proche de son peuple a ravivé toutes les espérances. Bien des réalisations notoires ont pu voir le jour, mais ces mêmes observateurs ont omis, ou alors oublié sous l’effet de l’espoir, que le régime est marqué de continuité, la monarchie ne peut être que conservatrice, cherchant la stabilité du pays et la pérennité du règne.

Objectivement, le règne du Roi Mohamed VI a pu faire entrer le Maroc dans une spirale vertueuse de croissance économique, mal répartie par ailleurs, et de réformes. Tout honnête observateur remarquera le changement, en terme d’infrastructures, de comportements, d’attitude de l’administration, de « marges » de liberté, … certes, mais la rupture avec les pratiques du passé n’a pas été consommée. Il est aussi important de signaler les grands défis hérités par le Roi : Dossier du Sahara, islamisme, révolutionnaires reconvertis au makhzen, lobbies économiques et militaires, atmosphère internationale tendue… Plusieurs avancées notoires sont à mettre au compte du nouveau règne : moudawana, grands chantiers structurant, IER, … mais cela ne s’élève pas à une rupture marquée qui saura porter le Maroc vers une vraie modernité et démocratie.

Sur le registre économique, plusieurs grands chantiers ont vu le jour. Le PIB par habitant a presque doublé depuis 1998, la croissance économique moyenne a dépassé les 4% par an. Certes la croissance est visible, mais la répartition est inéquitable. En bon élève des institutions internationales ( BM, FMI, … ), le Maroc a respecté une orthodoxie exemplaire sur le plan macro-économique, mais n’a pas pu dépassé « l’énigme » de sa croissance ( dixit la banque Mondiale ). De « nouveaux riches » et des « champions nationaux » de l’économie ont vu le jour et ont été les principaux bénéficiaires de la croissance. Malgré les efforts de l’INDH, initiative du souverain censée réduire les inégalités, le pays peine à surpasser le scénario le moins optimiste du « rapport du cinquantenaire » de l’indépendance. Entre « cadeaux » fiscaux, « cadeaux » terriens, protectionnisme tacite et de fait, bulle boursière, les champions nationaux font la pluie et le beau temps de l’économie, et sont souvent alliés à l’entourage du sérail ou de l’empire économique du monarque ONA/SNI/SIGER.

Le secteur social présente le plus grand défi du Maroc. L’analphabétisme bat un taux incomparable dans la région. A ceux qui ont trouvé la fatwa de « Taza est plus proche que Gaza », la banque mondiale a répliqué que l’éducation à Gaza est meilleure, martelant avec un ton humiliant qualifiant le pays de « cancre » de la région arabe ! La situation de la femme a été nettement améliorée grâce à la Moudawana que le souverain a imposé, à raison, à toute la classe politique, après que les progressistes du « plan d’intégration de la femme » ont abdiqué à leur projet devant une démonstration de force des islamistes. Ces derniers profitent de la conjoncture internationale, de l’analphabétisme et de l’enracinement de la religion au sein de la population pour imposer chaque jour des retours en arrière au sein de la société. Les femmes qui ont jadis enlevé le voile « marocain » à l’aube de l’indépendance, signe de modernité, ont importé 40 ans après, des voiles saoudien, égyptien, … voire afghan. Une jeunesse « nayda » ( traduction littérale : debout, en mouvement ) n’a pas pu s’imposer en tant qu’alternative « populaire ». Avec une musique au ton critique, un code vestimentaire libéré, la « nayda » n’a pas fédéré le monde culturel marocain. L’élite d’une autre génération voit en cette nayda un « mouvement de jeunes » qui ne s’élève pas à la « bonne culture ». Largement supportées par des fans jeunes à travers tous le Royaume, les festivités de « nayda » ont été bien assistées par le monde économique, avant que ce dernier se tourne vers des festivals « semi-publics » ( mawazine, Tanjazz, Gnawa Essaouira, spirituel de Fès … ) avec des « associations » bien introduites, dirigées le plus souvent par de grands commis du Makhzen. Le Roi, en 2008, soutient plusieurs groupes de cette mouvance à travers un don et des promesses ( tenues ) de tournage de clips par la télévision marocaine, et par le soutien au « L’boulevard » en 2009, association qui a essentiellement contribué à l’émergence de la nayda. Quant à la libéralisation du Paysage Audiovisuel Marocain, le PAM, elle n’a aboutit finalement qu’à quelques progrès, en laissant émerger quelques émissions radio de talk show et « libre antenne ». Côté télévision, le verrou makhzénien est toujours de mise.

Plusieurs autres défis sociaux de taille sont en jeu. Le mouvement amazigh pose désormais la barre haute. Après son manifeste, la création de l’Institut Royal de la Culture Amazigh, les promesses de la chaîne télévision … le mouvement n’a jamais oublié sa revendication de constitutionnaliser de la langue amazigh. Certains dans ce mouvement pousse vers le radicalisme, notamment dans certains campus universitaires. Ces derniers connaissent maints bouillonnements, dont le dernier s’est terminé par le procès de Zahra, 22 ans, étudiante à Marrakech, et ses camarades. Sidi Ifni, Sefrou, Tilmi, Boulemane, … des régions pauvres vivant dans la grande précarité se sont soulevées sans aucun encadrement politique des forces traditionnelles ( partis, associations, … ) ce qui commence à agacer les autorités. La liberté de la presse est de plus en plus bafouée, soit par de multiples procès, soit par des amendes faramineuses.

La loi tacite du « consensus » stérile bat son plein sur le champs politique. Aujourd’hui, le Roi règne, gouverne, légifère, … sans opposition. Le premier ministre, juste après sa nomination par le Souverain affirme que son « programme gouvernemental est celui des discours royaux ». Encore, un leader du Parti Authenticité et Modernité, PAM, a-t-il déclaré que les « partis politiques marocains se concurrencent dans les élections pour appliquer le programme du Roi ». Ce PAM, constitué autour d’Elhimma, « ami du Roi », vient couronner un long processus où ce dernier avait agi en chasseur de têtes avec une grande base de données, du ministère de l’intérieur qu’il occupait auparavant. Il a recruté à « gauche » comme à « droite » et une année après la formation de son parti, il est classé au sommet des votes !

Le paysage politique Marocain se dirige vers le projet d’assimilation d’une bipolarité : islamistes ( maîtrisés ) et « progressistes » autour du PAM, ce qui convergerait finalement vers le modèle tunisien ou égyptien. La gauche, en perte d’orientation et de projet, n’a plus aucune alternative et est tombée, sous l’effet de sa faiblesse, sous le charme d’une alliance avec le makhzen ou les islamistes. Les réformes constitutionnelles tant attendues depuis le nouveau règne, semblent aujourd’hui loin d’être un horizon visible, malgré l’appel, ou le rappel, à la « monarchie parlementaire » lancé par le 8ème congrès de l’USFP ( principale formation de gauche ), en mal pour ces médiocres résultats aux élections de 2007 et à l’éviction de Youssoufi, partenaire de Feu Hassan II dans l’expérience de l’alternance.

Aujourd’hui, alors que le règne de Mohamed VI perd sa qualité de « nouveau » après dix ans, les choix du souverain semblent être décidés : Renforcer les infrastructures du pays, renforcer les pôles économiques régionaux, œuvrer dans une politique sociale, renforcer l’image moderne du Maroc à l’étranger, … quant à la démocratie, la séparation des pouvoirs, l’équité sociale, … ils sont en seconde priorité. Modernité économique, de buildings et d’ouvrages, … la modernité poltique serait reportée sine die!

Mounir BENSALAH.

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27 Réponses

  1. c’est que l’opposition a démissionné. pas que chez nous, mais un peu partout. peut être lasse, peut être lucide et consciente de se cogner la tête au mur, mais le fait est que: il n’y’a plus d’opposition.
    pas plus de civisme, pas plus de patriotisme… les jeunes se laissent vivre, dans une non chalence exaspérante. ils sont repus de tout, saturés, blasés… et surtout très nombriliste ( on ne veut pas généraliser mais la grande majorité est comme je décris). les moins jeunes sont fatigués usés et las, sans aucune illusion par rapport à leur pouvoir de faire une différence quelconque s’ils y vont seuls, sans leurs jeunes.
    à un moment, il y’a eu une rupture, culturel sociale éducative??? je ne sais pas, mais il y’a eu une rupture entre deux générations, et le flambeau n’a pas été relayé et s’est juste éteint!

  2. tout ce que je peux dénoncer, c’est l’éducation, à la maison comme à l’école, qui est de qualité médiocre. si on veut changer quoi que ce soit il faut commencer par le commencement: les enfants et leur éducation.
    tu peux ouvrir un millier d’écoles, une école par tête si tu veux, mais tu ne peux pas insufler l’amour de la connaissance à un gamin. avant les infrastructures, je crois qu’il faut travailler à restaurer les âmes.
    c’est très obscur, je sais, mais pas totalement faux.

  3. L’infrastructure peut se mettre en place. Les buildings peuvent être construits. Et c’est nécessaire et primordial de le faire. Mais, l’élément humain est la pierre angulaire de tout cela. C’est le plus difficile à faire évoluer. Dans mon pérpile au Maroc cet été, j’ai constaté que dans pas mal de villes, la rénovation des espaces publics a été bien mené. Mais, la propreté laisse à désirer…
    Dans ttes mes discussions sur les blogs ou ailleurs j’ai tjrs estimé que la lutte contre l’analphabétisme est le grand combat du pays. A mon grand dam je constate que nous sommes tjrs à la traine même en comparaison avec les pays comparables.
    Il n’y a pas de démocratie sans démocrates…

    A part ça « ma 3ze 3lik labass ? » 🙂

  4. Un bon résumé de 10 ans de règne !
    Il est incontestable, effectivement , que le Maroc a enregistré des progrès notables aussi bien économiques que sociaux, mais, Comme tu l’as bien signalé, il y a encore des progrès à faire notamment en matière d’éducation de liberté d’expression.
    Par contre, je trouve que, même dans d’autres pays, l’équivalent du mouvement « Nayda » n’est pas perçu toujours comme une « bonne culture », car les rappeurs et les rockeurs, par exemple, ont toujours été stigmatisés, et leur mouvement a toujours été associé, à tort, à la drogue et à la violence…

    Par ailleurs, je pense qu’il est nécessaire de procéder à un remaniement gouvernemental pour corriger les anormalités que connaît la scène politique marocaine actuellement

    Par ailleurs, je trouve qu’il est nécessaire de procéder à un remaniement gouvernemental de façon

  5. A mon sens, il faut d’abord remercier l’auteur de ce blog d’ouvrir un tel débat dans un pays qui brille par l’auto-censure que s’appliquent les citoyen(ne)s sans que personne ne les y oblige.Les partisans de l’évolution civile se battent contre le leg de la culture du non dit, l’absence de droits reconnus aux enfants, la ségrégation entre filles et garçons, le harcèlement sexuel, le rejet des mères-célibataires, l’abandon des bébés, l’exclusion des handicapés, la non réinsertion des ex-détenu(e)s, la déchéance sociale des personnes âgées sans recours, la traite des femmes par les réseaux de prostitution, la marginalisation des personnes enclavées en zone rurale,  l’obscurantisme et les ravages du charlatanisme, etc.L’une des réactions « sub-collectives » les plus marquantes de ces 10 dernières années a consisté en le refus d’un nombre impressionant de marocain(e)s  d’adhérer au système politicien dont les politiques ont été sanctionnées par l’avancée d’un modèle d’éducation acceptable par toutes les composantes de la société marocaine. Il a été trés fréquent de s’entendre dire : « Tous des nuls dangereux qui nous demandent nos votes en nous prenant pour des ignorants, je ne fais confiance qu’au Souverain ». Quelque part, je me dis que cet homme ne dispose que de 24h par jour et ne peut pas tout faire, qu’il est supposé, comme chaque chef de famille, concilier entre la raison d’état et les impératifs quotidiens posés par sa dimension familiale… sans marge d’erreur, ce qui nous rend probablement à ses yeux « le pire cauchemar possible, régner sur une crèche ! ». Le PAM est né de la nécessité d’un relai entre Le Roi et Le Peuple. Les membres de son Bureau politique se targuent de connaître tant « la réalité du terrain et ses lobbies » que les « contingences du Pouvoir ». On peut mentir pour un CV. Mais là, celui ou celle qui triche aura affaire au Parti qui ne peut désormais se permettre de perdre aucune élections. Je dois également préciser l’une de vos idées à propos du « mouvement amazigh » même si j’opte, en profonde connaissance de cause, pour le terme de mouvance tellement les factions sont disparates. Pour résumer, je dirais que l’unique stratégie de sortie pacifique d’une crise qui a duré plus de 1000 ans passe par un retour à la réalité de notre identité nationale aussi bien qu’individuelle. De façon à révéler et épanouir le potentiel de chacun(e) en le débarassant de complexes enveloppés dans des tabous comme des momies.Une large majorité de citoyens se sont réconciliés avec eux mêmes d’abord et avec les voisins ensuite grâce aux initiatives royales qui ont accompagné les réformes engagées par l’aîle modérée des amazighs. De ce fait, Le Palais a démontré sa maîtrise de l’information puisqu’il n’a pas paniqué en constatant que les héritier(e)s d’illustres guerriers amazighs se mettaient en branle, tous ensemble et sans chef.Ces derniers, constatant que les méthodes de répression sauvage de 1989 appartenaient au passé révolu, ont assumé cette « marge de manoeuvre collégiale » en faisant front commun contre les apparatchiks opportunistes qui prônaient la voie radicale tout en parasitant à leur profit ce qu’ils appelaient « Le Système ».L’avenir ? Seul Dieu connaît ses desseins. Mais je suis certain qu’on le dessinera ensemble et que personne n’a droit au brouillon.Un  amazigh qui place la barre trés haut tout en n’étant membre d’aucun parti.

  6. Un bon résumé de 10 ans de règne !
    Il est incontestable, effectivement , que le Maroc a enregistré des progrès notables aussi bien économiques que sociaux, mais, Comme tu l’as bien signalé, il y a encore des progrès à faire notamment en matière d’éducation de liberté d’expression.
    Par contre, je trouve que, même dans d’autres pays, l’équivalent du mouvement “Nayda” n’est pas perçu toujours comme une “bonne culture”, car les rappeurs et les rockeurs, par exemple, ont toujours été stigmatisés, et leur mouvement a toujours été associé, à tort, à la drogue et à la violence…

    Par ailleurs, je pense qu’il est nécessaire de procéder à un remaniement gouvernemental pour corriger les anormalités que connaît la scène politique marocaine actuellement.

  7. Quel rôle un remaniement gouvernemental ?
    Le gouvernement sera utile le jour ou le roi sera chef du gouvernement.
    Maintenant, on sait pas qui est responsable de quoi, qui fait quoi ?

  8. Je vous remercie tous pour vos commentaires. Le but du « jeu », comme chez Larbi, est de faire un débat citoyen et constructif sur le bilan et les perspectives.

    @ Moony : Totalement d’accord avec toi. L’éducation est la pierre angulaire. J’en parle tout le temps, mais ce n’est que moi 🙂

    @ une marocaine : tu sais, l’INDH était une piste, qu’on soit d’accord ou pas sur le comment. Mais l’INDH, c’est 5 Milliards, le TGV c au moins 3 fois plus! Il faut donner le « LA ».

    @ Bilal : je pense que l’exemple de la movida, des mouvements altero d’amérique latine, de la corée, … sont bien des exemple de mini-révolutions culturelles qui ont accompagné les transitions. Quant au gouvernement et son remaniement, je ne pense pas que cela soit une bonne piste. Nous avions, à mon humble avis, Youssoufi comme meilleur PM. Le Roi avait même dit au Figaro en 2000 : « On se marche pas sur les pieds, chacun assume ses fonctions selon la constitution ». C’était une occasion ratée, tu peux contempler notre Abbas. Aujourd’hui il faut clarifier le role du PM : un chef de gouvernement, de l’exécutif ou un simple fonctionnaire?

    @ Yugurta : j’ai pas bien compris ton analyse du PAM. Quant à la mouvance amazigh, je te l’accorde, mouvance et non mouvement. Alors que je ne suis pas d’accord avec des radicaux sur « la protection des autochtones », je considère que l’amazigh, en tant que culture, doit trouver la place qui est la sienne dans la société marocaine. Tu connais la mythologie amazigh? j’ai trouvé du plaisir à la découvrir.

    @ Yellow-belly : « Le Roi chef de gouvernement »??? ça s’est passé en 1960, après la démission huliante de Abdellah Ibrahim. Tu connais la suite. Mais bon, en monarchie exécutive, le Roi est chef de gouvernement, de législation, … regarde le titre 🙂

    @e-Energumene : Je rougis 🙂

  9. Mounir, cette mythologie est transcrite depuis prés de 11 000 ans. Ravi que, pour ton plaisir, tu en lèves un pan de voile. C’est un univers de magie, de coexistence entre les êtres et la poésie y respire ces sagesses calmes et sereines tout en vibrant de la clameur romantique de peuples en extase. Dommage que tu ne la découvres pas en « version originale ».
    A la différence d’autres mythologies antiques et non lithurgiques, celle ci est en vie et compte bien le rester 10 000 autres années.
    Quant au terme « autochtone » qui a succédé au qualificatif « indigène » usité par le colonialisme français, on se croirait en Australie ou Nouvelle Zélande !
    Ces fameux radicaux prônant cette « protection » me font bien rire.
    Ils auraient besoin d’un recensement pour leur ouvrir les yeux.
    Enfin, à ma connaissance, les amazighs ne demandent ou n’acceptent la protection de personne, hormis celle de Dieu pour les croyant(e)s.
    Bien au contraire, ils sont constamment sollicités depuis des siècles pour leur qualité guerrière, que ce soit sur les champs de bataille ou les maquis.

  10. Je publie en com l’article Jamai sur Elpais :

    Voici l’article publié par El Pais dans son édition du 23 juillet.

    Comparé à l’année 2000, première année de règne de Mohammed VI, Il y a aujourd’hui au Maroc plus de corruption, moins de stabilité politique, moins de respect pour la règle de droit, moins de liberté d’expression, L’Etat est moins efficace et la qualité de la réglementation est à peine meilleure. Qui l’affirme ? Rien moins que la Banque Mondiale. Sa filiale en charge de l’évaluation de la gouvernance de ses pays membre publie chaque année une série d’indices qui mesurent la performance des gouvernements du monde. Sa dernière livraison est non seulement sévère dans l’absolu pour le règne de Mohammed VI, elle le compare défavorablement aux dernières années de son père, Hassan II. Une évaluation surprenante lorsqu’on pense à certaines initiatives et réalisations du Maroc sous Mohammed VI. La tenue régulière d’élections législatives et municipales libres et transparentes n’est-elle pas une avancée démocratique ? La multiplication des projets d’infrastructures une dynamique favorable à la croissance économique, qui par ailleurs a crue plus rapidement sous l’ère Mohammed VI ? Le travail de l’Instance Equité et Réconciliation (IER) n’était-il donc pas une rupture majeure avec le passé noir des violations des droits de l’Homme ? La réforme juridique du statut de la femme une révolution modernisatrice de la société marocaine ? En réalité, la sentence sans appel de l’évaluation de l’Institut de la Banque Mondiale ne choquera que ceux qui s’en sont tenus à une analyse superficielle des événements de ces dix dernières années. Car si tout n’y a pas été négatif, il y eut des défaillances majeures de gouvernance.
    Commençons par le plus évident manquement de Mohammed VI au processus de modernisation du pays : La réforme de ses institutions. Le Maroc fonctionne toujours sous une constitution votée en 1996 qui consacre la main mise de la monarchie sur l’appareil de l’Etat. Alors que la séparation des pouvoirs y est nominalement mentionnée, ses dispositions assurent une parfaite concentration de ces pouvoirs entre les mains du seul Roi. Deux conséquences majeures en découlent : Une justice aux ordres ne jouissant d’aucune indépendance et un parlement émasculé largement réduit au seul statut de chambre d’enregistrement. Une absence totale de contre-pouvoirs qui signifie qu’au Maroc le véritable détenteur de l’autorité de l’Etat le Roi, n’est pas responsable devant les citoyens marocains dont il administre les affaires.
    Il y a les institutions politiques, mais il y aussi la culture politique. Il y a cette idée que dans les processus de transition, les élites aux pouvoirs maintiennent leur contrôle de l’Etat mais permettent le développement d’une culture d’ouverture qui facilite une évolution en douceur vers la démocratie. Cette culture se traduit par une plus grande liberté d’expression et par l’accès à l’Agora d’acteurs qui en étaient précédemment interdits. Mohammed VI a-t-il permis cette culture de s’installer ? Un élément de réponse vient des journaux télévisés des chaines nationales : Des bulletins d’informations à la gloire du monarque où les voix dissidentes n’ont pour ainsi dire jamais voix au chapitre. Si la presse écrite indépendante s’est aventurée sur des territoires éditoriaux moins orthodoxes, elle a payé un prix élevé pour sa témérité. Rares sont aujourd’hui les publications qui osent contester l’hégémonisme royal.
    Sur le plan politique, la porte est toujours fermée aux organisations politiques qui contestent le statut du Roi. Le groupe islamiste Justice et Bienfaisance considéré comme un mouvement politique à l’enracinement populaire conséquent, est toujours interdit et ses dirigeants et militants persécutés. Nadia Yassine, figure emblématique du mouvement et fille de son chef spirituel Ahmed Yassine est poursuivie en justice pour avoir osé dire préférer le système républicain au système monarchique.
    La société civile a vu l’implication de la monarchie se transformer en stratégie de contrôle du champ social. Deux instruments sont utilisés pour évincer des circuits de financements et d’aides les ONG trop indépendantes au goût du pouvoir : La fondation Mohammed V, une fondation contrôlée par le cabinet royal chargée de combattre la pauvreté, ou encore l’Initiative Nationale du Développement Humain (INDH), processus mis en place pour coordonner les efforts de l’Etat et ceux de la société civile, où le ministère de l’intérieur a fini par jouer un rôle central de contrôle.
    L’expansion effrénée de l’empire économique du Roi participe de cette même stratégie d’occupation du terrain coûte que coûte. La montée en puissance tous azimuts des affaires du Roi couplée à la corruption endémique qui règne dans le système judiciaire décourage la concurrence et contribue à affaiblir la compétitivité de l’économie en général. La justice est aussi à blâmer dans les couacs que connaît l’application de la réforme du statut de la femme. Réforme soutenue par le Roi, elle perd de ses bienfaits en raison des défaillances institutionnelles. Un cas historique vient ici à l’esprit : Le shah d’Iran et sa révolution blanche de 1963. Dans le cas de l’Iran, l’histoire a clairement démontré que le respect des droits de la femme ne devient un acquis que dans le cadre du respect des droits de l’Homme et de la libéralisation politique qui permet de les pérenniser. Des droits de l’Homme que le régime de Mohammed VI a continué de violer. Les excès de la guerre contre le terrorisme n’ont pas épargné le Maroc. Surtout avec un régime qui ne s’est pas fait prier pour offrir ses geôles et l’expertise néfaste de ses tortionnaires aux demandes de l’administration Bush. Le cas judiciaire le plus avancé en Grande Bretagne d’un ancien détenu de Guantanamo contre l’administration américaine est celui de Mohammed Binyam. Ce britannique d’origine éthiopienne affirme avoir été torturé au Maroc. La presse marocaine s’est quant à elle faite l’écho de traitements similaires infligés à des marocains soupçonnés de terrorisme.
    Ces dix dernières années ont aussi été marquées par un retrait du Maroc de la scène internationale. Le Roi s’est absenté d’un grand nombre de rencontres internationales importantes. Il lui est aussi souvent arrivé de ne pas recevoir à Rabat des hauts responsables en visite au pays pour des affaires cruciales pour le royaume. Alors qu’il a été reçu par Le président algérien Abdelaziz Bouteflika lors de sa seconde tournée dans la région, Christopher Ross l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara Occidental, n’a pas eu la même chance avec Mohammed VI. Arguant d’une visite dans l’Est du pays, le monarque n’avait pas le temps de recevoir l’envoyé de M. Ban Ki-moon. Pourtant la position du Maroc sur ce dossier crucial mérite tous les efforts du Roi. Avec le départ de Georges W. Bush de la maison blanche, le Maroc a perdu un soutien important dans ce dossier. L’administration Obama ne semble pas prendre très au sérieux la proposition marocaine d’autonomie du Sahara Occidental en lieu et place du référendum d’autodétermination. Dans une lettre adressée récemment au Roi, le président américain a souligné l’importance de « parvenir à une solution qui réponde aux besoins des populations, en termes de gouvernance transparente, de confiance en l’Etat de droit et d’une administration de justice équitable ». Façon de dire que ces conditions, contrairement aux affirmations du régime marocain, n’existent toujours pas. Ainsi, le manque de réformes institutionnelles devient un handicap majeur pour le Maroc dans ses efforts de faire reconnaître la marocanité du Sahara occidentale par la communauté internationale.
    A la décharge du Roi, il a hérité d’élites laminées par la gouvernance de fer de son père. Les dernières années de modernisation politique du père n’ont pas suffit pour régénérer une classe politique émasculée. Celle ci pas su ou voulu affronter la monarchie sur le terrain des réformes politiques. Non seulement le rouleau compresseur Hassan II était passé par là, mais elle craignait aussi de déstabiliser un jeune roi inexpérimenté. Après dix années de règne, l’absence de réforme ne peut plus être mise sur le dos de la nouveauté du règne mais de sa volonté.
    En fait si Mohammed VI a semblé sincère dans sa volonté de moderniser la société marocaine et à combattre la pauvreté, s’il a multiplié les gestes d’empathies à l’égard des nécessiteux, il n’a jamais voulu payer le prix politique qu’il fallait pour atteindre ces objectifs.

    Khalidjamai1@hotmail.fr

  11. Merci Mounir pour l’Article de K.J.

  12. Au fait, c’est Aboubakr Jamai qui en est l’auteur.

    K.J. n’est pas la bonne signature.

  13. @ Dima : pas de quoi, en effet c’est aboubakr, ce qui prête à confusion c’est l’adresse mail de khalid en bas de com ( c lui qui nous l’a envoyé )

  14. […] to publish selected posts on his own pages. Whilst contributions are hesitantly still pouring in, Mounir Bensalah [Fr] offered an inquisitive but rather balanced analysis explaining that the abdication of the […]

  15. […] des publications de Nichane et Tel-Quel est un acte moyenageux. Cette saisi coincide avec le 10ème anniversaire de la nouvelle ère et rappelle les interminables procès de liberté […]

  16. Bravo Mounir, de loin c’est le texte le plus complet et le plus rationnel que j’ai lu à propos des 10 ans de règne de Mohamed VI!

  17. […] des courants ne possède plus une grande valeur devant le retour insistant de la question de l’Etat et qui le […]

  18. cette histoire de bilan est une importation culturelle tres occidentale pas du tout valable chez nous.Pourquoi??
    un pays ou les comptes ne se font pas
    un pays ou la cour des comptes est un jouet constitutionnel sans lendemain
    un pays ou les instittutions ne sont que consultatives!!!CCDH conseil consultatif des droits de l homme,conseil consultatif de la concurrence,conseil superieur de l education,conseil superieur de l eau,………..et bientot le conseil consultatif des energies renouvelables!!!
    non faut arréter cette tragédie qu on appelle le Maroc encore une appellation occidentale et francaise de surcroit!! le véritable nom c est AL MAGHRIB pour commencer!!
    pour les intervenant s qui constatent que sur le plan infrastructure il y a des progres je les renvois aux inondations qu a connu le pays comme la gare d agdal a Rabat la capitale,l aeroport de Marrakech qui n a qu une année d existence,la voie ferroviaire de tanger qui n a que 6 mois et j en passe et des meilleures!!pas de tunnel sous la mediterrannée,pas de tunnel qui relie Ouarzazate a ait ourir pres de Marrakech,pas de projet grandioss hydrauliquement parlant,pas de voie ferroviaire dans le sud ou le versant est du pays!!pas de projets maritimes dignes de ce nom!! en fait du bricolage ou les sociétés bien connues viennent dans une concurrence maquillée remplir les poches de certaines grosses fortunes!!!
    c est le Maroc de 10 ans de regne de Mohammad 6 encore un numero dans les models alaouis!!!!

  19. […] ce qu’il avait à dire sur la période du règne de défunt roi, ce nouvel ouvrage coïncide avec les 10 ans du « nouveau règne », le retour aux dires « disparition du printemps démocratique marocain » et « l’étroitesse […]

  20. […] Le Roi règne, gouverne, légifère, juge, … sans opposition! […]

  21. je crois de tous les articles et commentaires, celui de Bennaki le plus juste. Je dois ajouter que Sa Majesté à mis toute sa volonté pour faire à ce que ce pays avance et change positivement son image, mais , malheurement tout seul il ne peut rien faire. Il y a malheureusement toujours un groupe qui lui rame contre, et il n’y a pas de remède. Donc de fausses infrastructures ne constituent pas les piliers d’une société , mais bien, instruire et nourrir son peuple.

  22. @nadia : L’histoire du gentil et du méchant est bien simpliste à mon avis 🙂

  23. Merci,d’avoir ouvert ce débat et merci à tous les participants.Pour ma part,je penses que le probléme est beaucoups plus profond.On ne peut pas laisser un pays entre la bonne volonté d’une personne.Nous devons étre « gérés » par des institutions et non par des personnes.Je suis pour un modéle de monarchie européen où le roi donne uniquement son opinion sans s’ingérer dans les affaires du gouvernement.La liste civile (budget royale) n’a jamais été débattu au parlement,les multiples caisses noir des institutions sociale… .N’oublions pas que les « véritables patron du pays sont les institutions royale et l’armée » tous le reste (parti politique et autres) ne sont là que pour le folklore.

  24. @ Abdellatif: « Je suis pour un modéle de monarchie européen où le roi donne uniquement son opinion sans s’ingérer dans les affaires du gouvernement. »

    Ton avis compte pour du beurre.

    Le roi s’est prononcé sur ce sujet et bien d’autres.

    « TIME: People speculate that the Moroccan monarchy will evolve like the Spanish one.
    Mohammed VI: I do not know. I have a lot of respect for His Majesty Juan Carlos. I call him Uncle Juan because he is an extraordinary person whom I have known for a long time. He is a relative almost. We often speak on the phone and I ask him for his guidance. But Moroccans are not Spaniards and they will never be. Democracy in Spain was very good for Spain. There should be a Moroccan model specific to Morocco.

    TIME: How do you assess Morocco’s Islamist movement?
    Mohammed VI: As Commander of the Faithful, it is out of the question that I fight Islam. We need to fight violence and ignorance. It is true, when one strolls out, one sees women with scarves and men with beards. This has always been the case in Morocco. Morocco is built on tolerance. »

    http://www.time.com/time/europe/magazine/2000/0626/kingqa.html

  25. […] politique, quant à mes conclusions, je les assume pleinement. Le constat aujourd’hui, comme je l’ai signalé il y a plus d’un an : Au Maroc, le Roi, seul, règne, gouverne, juge, légifère, … sans opposition … et avec le […]

  26. […] la tentative de sa restructuration d’en-haut, outre l’intervention des « affiliés » au Roi dans toutes les questions décisives de la nation, bravant toute logique de la bonne gouvernance. […]

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