Archives Journalières: 18 décembre 2009

Media, intermédiation dans un Etat de droit


Said Khoumri : « Il n’y a pas de solutions aux problématiques de la presse en dehors de la réforme de la justice et la révision du texte encadrant la liberté d’expression et de la presse ».

Boubker Largou : « Nous renouvelons l’appel de l’OMDH aux professionnels et aux institutions professionnelles, eu égard de leur rôle d’intermédiation et de proposition, à établir des conceptions en relation avec les affaires de la profession capables de s’intégrer dans le système judiciaire escompté et qui conviendrait à un pays qui aspire à la démocratie, et son initiative, avec le concours tous les défenseurs des droits élémentaires à la préparation d’un symposium national dans les plus brefs délais pour se concerter au sujets de la presse, le respect des droits humains, instauration de la démocratie et la suprématie de la loi, comme bases de toute société démocratique respectant les droits humains ».

Mustapha Kassou : « Pourquoi on nous compare à la Tunisie et pas à la Suède en matière de liberté de la presse ? nous refusons cette logique de comparaison et nous souhaitons simplement l’engagement au respect des chartes internationales ».

Abderrahim Tafnout : « Quand les marges de liberté s’élargissent, l’ambition de l’expression grandit et, de facto, les aires de confrontation augmentent ».

L’année 2009 a connu un ensemble de dossiers mettant la presse et les médias sujet de débats ( poursuite 3 journaux, affaire Nichane, fermeture Akhbar Alyaoum, prison pour directeurs almasse et almichaal, amende et saisie à l’encontre de Economie & Entreprises, amende contre almassae, dossiers des blogueurs, débtas sur le paysage audiovisuel au parlement, … ). Dans ce contexte, en préparation de l’initiative de l’Organisation Marocaine des Droits Humains OMDH concernant un symposium national relatif au sujet et en célébration de la 61ème anniversaire de la déclaration universelle des droits humains, la section de Casablanca de l’OMDH, en collaboration avec l’Institut Supérieur du Journalisme et de la Communication, a organisé une conférence autour du thème : « Presse, média et droits humains », ayant connu une participation massive des étudiants de l’Institut ISJC, d’activistes des droits humains, d’universitaires, syndicalistes, de blogueurs et d’intéressés.

Pour Said Khomri, professeur universitaire et modérateur, la conférence vient dans le contexte de succession de procès relatifs à la presse, aux médias et à l’Internet. « Ces problématiques et dislocations interpellent essentiellement le texte encadrant la liberté de la presse, l’indépendance de la justice et la gestion de la profession de la déontologie » estime-t-il. Pour sa part, Boubker Largou, secrétaire Général de l’OMDH, a marqué sa joie de voir la participation massive des jeunes à cette conférence pour débattre du thème des médias et droits humains. Il a renouvelé dans son intervention « l’appel de l’OMDH aux professionnels et aux institutions professionnelles, eu égard de leurs rôle d’intermédiation et de proposition, à établir des conceptions en relation avec les affaires de la profession capables de s’intégrer dans le système judiciaire escompté et qui conviendrait à un pays qui aspire à la démocratie, et son initiative, avec le concours de tous les défenseurs des droits élémentaires, à la préparation d’un symposium national dans les plus brefs délais pour se concerter au sujet de la presse, le respect des droits humains, instauration de la démocratie et la suprématie de la loi, comme bases de toute société démocratique respectant les droits humains ».

Et Mohamed Kassou, professionnel, acteur des droits humains et du syndicat, de se demander : « Pourquoi l’on veut nous comparer à des pays comme la Tunisie ou autres qui violent le droit d’expression alors qu’on nous compare pas à la Suède par exemple ou d’autres pays démocratiques, où la presse occupe une place d’avant-garde et jouit d’espace immense de liberté ? » avant d’insister sur « le refus des défenseurs des droits humains du principe réducteur de la comparaison. Nous demandons de commencer par le respect des chartes internationales sur le sujet ! ». Il renchérit : « Nous avons une justice spécialisée, mais en l’extermination de la presse, en prononçant des amendes faramineuses et les jugements de privation de liberté ! », avant d’ajouter que « nous devons nous demander également qu’est ce qu’a fait le corps de la presse pour la liberté d’expression, la solidarité professionnelle et le respect de la déontologie ».

Abderrahim Tafnout, journaliste et penseur, a exposé dans son intervention plusieurs problématiques philosophiques et historiques du conflit entre la presse et les détenteurs de pouvoirs. « Pourquoi ce conflit ? A-t-il un justificatif » se dit-il, avant d’ajouter également « que quand les marges de liberté s’élargissent, l’ambition de l’expression grandit et, de facto, les aires de confrontation augmentent. Depuis la naissance de la presse en Angleterre et en Amérique aux trentaines du 18ème siècle, sur la base des rumeurs, sa relation a été toujours conflictuelle avec le politique, détenteur d’un pouvoir. Le modèle français est également est aussi intéressant. L’histoire de « j’accuse » d’Eimle Zola montre comment est sortie la parole du cercle académique à la société pour un débat public ». D’un autre côté, Tafnout considère que le journaliste est garant de la pluralité, avant de critiquer vivement l’état du paysage audiovisuel qui enfreint cette règle essentielle. « Il faut aussi avouer qu’une certaine presse exerce la diffamation et l’injure, nous devons nous référer à une justice équitable dans ces cas et invoquer les instances professionnelles en matière de respect de la déontologie » martèle-t-il. Il considère aussi que « le premier enseignant du journaliste, à part son métier, est le défenseur des droits humains. Ce dernier défend la victime du dépassement, quel qu’elle soit ! » avant d’appeler dans ce sens à « une alliance stratégique entre le journaliste et le défenseur des droits humains pour construire le code national de la presse et des médias ».

Au terme de la conférence, les participants ont appelé :

  • Les autorités publiques à se référer à la justice concernant la question de la presse, éviter les décisions de l’administration et dépasser le traitement conflictuel avec les dossiers de la presse, des médias et d’Internet, prenant en considération que leurs acteurs sont des associés dans la construction de l’Etat de droit, et à considérer que la réforme de la justice est une question capitale dans le respect du droit d’expression ;
  • Les professionnelles et les institutions professionnelles, eu égard leur rôle d’intermédiation et de proposition, à établir des conceptions en relation avec les affaires de la profession capables de s’intégrer dans le système judiciaire escompté et qui conviendrait à un pays qui aspire à la démocratie ;
  • A la coopération entre les instituts de formation, les organisations de défense des droits humains et les organismes professionnelles pour instituer l’inexcitable relation entre la liberté de la presse et les droits humains.
  • Construire une alliance stratégique entre le journaliste, les organisations de défense des droits humains et les organismes professionnelles pour bâtir « le code nationale de la presse ». Dans ce sens, les participants ont demandé à l’OMDH de continuer dans sa préparation à un symposium national auquel elle a appelé, eu égard de ce qu’il peut apporter pour donner un nouveau souffle entre tous les intervenants et acteurs dans ce domaine, à partir de la force de proposition possible.

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