The man who sold the world!

C’est parce que ces histoires d’attaque à la production artistique en général, au cinéma en particulier, chez nos islamistes marocains sont devenues habituelles, je vous laisse lire un billet que j’avais écrit concernant « Amours voilés ». Remplacez le titre avec « The man who sold the world » et ce sera la même chose, croyez moi!

En attendant, je partage avec vous une des meilleures chansons de mes années d’ado :

Islamistes, voiles et amours !

Fidèle à ses polémiques interminables, Benkirane en sort encore une de sa vielle jarre. Après s’être attaqué au L’Boulevard, festival musical alternatif de jeunes et l’avoir traité de festival de débauche. Après s’être opposé farouchement au film Marock, le traitant de tous les noms. Après la tempête parlementaire agencée par lui et ses acolytes contre une journaliste de télévision. Revoilà le fraîchement élu secrétaire général du parti des « islamistes modérés » au milieu d’une autre polémique. Au point focal, une jeune femme voilée, Batoul de son prénom, médecin de profession, qui s’assume à disposer de sa vie privée loin de toute censure ou tuteur. Batoul est la héroïne du film de Aziz Salmy « Amours voilés ».

Répondant à une question de la télévision « France 24 », il avoue « ne pas avoir vu ces films », s’agissant de « Casanegra » et « Amours voilés ». Et d’ajouter : « ces films s’inscrivent dans une vague cinématographique qui incite à la débauche et à la sionisation, etc. ». C’est pour le moins révoltant. Comment peut-on juger une chose que l’on a jamais approché par un des cinq sens ? Comment juger un film sans l’avoir vu ?

Il est tout simplement scandaleux, surtout dans ce contexte, de traiter un film, une œuvre artistique de sionisme pour le simple fait qu’il n’a pas été aux goûts des barbus. Ceci est une incitation grave à la haine qui se produit simultanément avec l’invasion barbare sioniste sur Gaza.

Que reprochent nos islamistes au film ? A. Salmy a déclaré au Festival de Marrakech, où son film a été projeté hors compétition : « je cherche à provoquer le débat ». Quoi de plus naturel de la part d’un artiste, un créateur. Sur les colonnes d’Aujourd’hui le Maroc, il renchérit : « Dans mon film, je parle d’une seule femme, du cas particulier d’une certaine catégorie de femmes, et je ne généralise pas. Il s’agit de l’histoire d’une femme qui n’arrive pas à concilier sa vie sentimentale et sa vie religieuse, entre modernité et conservatisme, entre le divin et le charnel ». La dimension artistique est malheureusement mal perçue par nos islamistes et par un nombre considérable de nos concitoyens. Dans le cas particulier du cinéma, il est intellectuellement irrecevable de pratiquer une quelconque censure. C’est le public qui va volontairement voir le film en salle. Ceci n’est pas audible chez nos islamistes, un Zemzami appelle à l’interdiction du film tout simplement. Au nom de quoi sa requête serait acceptable ?

Ne pas voir un film, comme c’était le cas d’ailleurs dans Marock, et le traiter de sionisme est tout simplement une grave atteinte à l’intelligence humaine. Et si Batoul la protagoniste n’était pas voilée ? Nos islamistes cherchent-ils à diviser encore cette société, un clivage vestimentaire ?. « La question qui se pose et de savoir si la femme voilée dans sa vie a le droit de profiter de l’instant cigarette ou vivre une histoire d’amour sous un bisou volé ? » me dit un ami à propos de ce film. Lueur, je réponds. Voilée ou non, c’est un choix personnel, mais le film ne saura résoudre les problèmes socioculturels. Le cinéma n’est autre qu’une imagination artistique de la réalité. Fiction, fait réel, … une œuvre d’art est tout simplement une pierre de l’artiste dans l’édifice de sa vision de la société et une interaction avec le milieu dans lequel il évolue.

C’est ce débat stérile autour d’un voile, d’une manière d’être, d’une incompréhension, ou d’une ignorance ( critiquer et ne pas voir le film ) qui font que dans nos société, il est difficile d’émerger la création. Youssef Chahine n’a pas été combattu pour ses œuvres ? Najib Mahfoud, Elallam, et autres Averroes qui ont un regard différent des gardiens autoproclamés de la morale existeront tant que l’art a un souffle humain.

« Si vous dites, tout ce qui est utile à ma société je l’adopte, quelles qu’en soient les conséquences prévisibles et imprévisibles, vous êtes un modernisateur.  Si vous dites, quelle qu’en soit l’utilité, je le refuse parce qu’il porte, ou pourrait porter, atteinte à mon identité culturelle, vous êtes ou vous finirez par être un anti-moderniste. Ceci est un choix, toute la science ne fera pas changer d’avis celui qui n’a de souci que pour son moi » dixit Abdellah Laroui.

Alors que le cinéma marocain fête ses 50 ans, nous voilà devant une destruction au nom de la morale de toute initiative créative. Aujourd’hui le cinéma, hier un festival, … laisserons-nous nous priver d’art et de fête ?

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14 Réponses

  1. La citation de Laroui m’a fait tiquer: « Si vous dites, tout ce qui est utile à ma société je l’adopte, quelles qu’en soient les conséquences prévisibles et imprévisibles, vous êtes un modernisateur. Si vous dites, quelle qu’en soit l’utilité, je le refuse parce qu’il porte, ou pourrait porter, atteinte à mon identité culturelle, vous êtes ou vous finirez par être un anti-moderniste. Ceci est un choix, toute la science ne fera pas changer d’avis celui qui n’a de souci que pour son moi ».

    Il y a en effet une contradiction logique certaine à distinguer l’utilité d’une mesure des conséquences qu’elle peut avoir, non? Ou je n’ai rien compris du tout… Et qu’est ce que la société? Qui parle en son nom? etc etc

    Enfin, c’est loin du sujet de ton billet mais je suis assez sidéré d’entendre comment Laroui parle comme si Bourdieu et Derrida n’avaient jamais existé…

  2. Votre billet est d’une insolence inouie !
    Vous critiquez les islamistes parce qu’ils ont critiqué des films. Alors pour vous, bien sûr, vous le faites au nom de la liberté d’expression. Mais cette « liberté d’expression » ne leur donne, à eux, aucune liberté de s’exprimer !
    Non, ils n’ont pas le droit, ils sont barbus! La barbe, oui la barbe !
    Mais savez-vous au moins que, eux, ils sont cohérents ? Ils dénoncent tout ce qui ne concorde pas avec les principes qui les guident !
    Alors que vous, une fois vous célébrez des navets au nom de la liberté de « créer », une autre fois, dans un autre billet, vous boycottez la télé à cause des conneries télévisuelles ramadanesques !
    Alors j’ai au nom de cette liberté le droit de demander :
    Pourquoi les actrices marocaines ont refusé de jouer dans le navet des frères Noury ? par pudeur ou par peur des islamistes?
    D’ailleurs ce film s’est avéré un bide, et d’une nullité…!
    Est-ce que l’argent qui sert à produire des navets de ce gabarit ne pourrait pas être investi dans des œuvres beaucoup plus bénéfiques à la société? des biblio de quartier par exemple !

    Vous savez que c’est au nom de cette liberté que beaucoup de films, téléfilms médiocres sont produits !!!
    Vous savez que c’est au nom de cette liberté qu’on ramène haifaa ouahbi, et les autres chanteuses de merde payés à coup de millions!!!
    Quel gachis !
    Plusieurs millions de DH sont jetés par la fenêtre alors que la recherche universitaire souffre de manques de sous, un large pan de la société n’a pas accés à l’école… !

  3. @ Ibn Kafka : Tu n’aimes pas trop Laroui :), j’en suis adepte :http://ibnkafkasobiterdicta.wordpress.com/2009/03/12/texte-integral-de-lentretien-avec-abdallah-laroui/
    Ceci pour l’honnêteté intellectuelle. Alors quand tu fais allusion à Derrida par exemple, il faut parler de déconstruction, surtout des binarités si je me permets ou des couples logiques. C’est ce que tu reproches à Laroui. Sauf que quand tu lis son oeuvre, au moins une grande partie, tu trouveras qu’il a fait une grande déconstruction, avant de prendre position, « rigide » comme tu le dis. On pourra en parler à l’occasion d’un texte que je publie très prochainement.

    @De passage : Au nom de la liberté d’expression, tu as tout à fait le droit de t’exprimer contre mes idées 🙂 Seulement, quand on est dans le jugement, on doit au moins maitriser. Comment juger un film sans le voir?

  4. On peut aisément avoir un avis sur un film sans le voir ! C’est la raison d’être des critiques de films.
    Sinon, on doit tout voir, tout lire pour se faire une idée. Il y a des personnes dont le métier est de nous épargner une perte de temps et d’argent…
    Si quelqu’un (qui a vu) me dit qu’il y a une scène de cul osée dans un film, j’ai pas besoin de voir pour le croire !

    Posez-vous la question :
    Est-ce que ces gens-là sont contre la création cinématographique dans l’absolu, ou contre des navets qui utlisent la provoc pour combler un manque patent de créativité ?
    La liberté n’est pas la permissivité.
    Ce n’est pas la liberté de création qui a donné à voir des choses comme « Fitna », ou des caricatures de très mauvais goût, qui heurtent les sensibilités de millions de personnes.
    Non, c’est la permissivité !
    Faites une revue des réalisateurs marocains, et vous allez vous rendre compte que n’importe qui peut l’être même celui qui ne distingue pas le champs du contre-champs !
    Dans le monde arabe, notre cinéma est connu pour être le plus « osé », la plus provocateur et NON le plus créatif ! Allez savoir pourquoi !

  5. « On peut aisément avoir un avis sur un film sans le voir ! » Ah bon? et bien, se faire une idée d’un livre sans le lire, d’une toile sans la voir, … Revois ta copie mon ami

  6. En révisant ma copie, je vais faire un peu de pédagogie.
    Sur RFI.fr, il y a une web-émission participative. Un de ces numéros était consacré au film scandale (et sans intérêt) Amours voilées. Le principe de l’émission est de recueillir LES AVIS des internautes (qui ne l’ont pas forcément vu) sur le film à partir du pitch donné par l’animateur. Ci-après le pitch (à le lire mon AVIS est tout fait !):
    Amours Voilées (« Hijab el Hob ») raconte l’histoire d’une jeune Marocaine qui décide d’avoir une relation sexuelle alors qu’elle n’est pas mariée. Dans le film d’Aziz Salamy, une jeune Marocaine de bonne famille, Batoul, vit une relation amoureuse – et sexuelle – enflammée alors qu’elle n’est pas mariée. Une histoire relativement anodine, même au Maroc, mais rendue subversive par le fait que la jeune femme porte le voile. D’autant que le réalisateur n’a pas hésité à montrer le couple s’embrasser et même prendre un bain ensemble.
    http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/maroc-votre-avis-sur-le-film
    Je crois qu’avoir un AVIS sur un film marocain (sans la voir) est beaucoup plus facile que sur un film de Lucas ou Kubrick.
    Les films marocains racontent des histoires. Le côté stylistique, les effets spéciaux, la direction d’acteurs… ne sont pas encore leur fort. Voilà pourquoi il est plus facile d’avoir un AVIS (sans voir) sur un navet des frères Noury que sur un classique des frères Taviani !
    Et je crois que vous ignorez le rôle des CRITIQUES de livres ou de films ou d’art. Leur boulot (quand il est bien fait) est justement de nous donner envie de voir, de lire… de nous épargner les bides !
    Voir Première, le Film Français ou Telerama… pour la critique de cinéma et vous allez comprendre ce que je dis!

  7. @ De passage : Je ne peux être d’accord avec toi, et l’émission de RFI n’est pas une référence ni un argument d’autorité. J’ai vu amours voilés, j’y ai vu bcp de lectures humaines au delà que la nana soit voilée ou pas. Je n’ai pas vu « the man who sold the world », tu as remarqué que j’en parle pas 🙂
    Les critiques, les experts, … que cela soit au cinéma, en littérature, … nous donne une vision pointue, mais ne dispensent pas de voir, lire, … au contraire, ils inciteraient à le faire. Autrement, les créateurs ne vendraient plus rien.
    Pour ne pas polémiquer davantage, une seconde question : Pourquoi Ssi Benikirane sort tjrs la même pièce de théâtre chaque année à l’occasion du FIFM? ( ne pas voir un film : marock, casanegra, amours voilés, the man who sold the world, … ). A-t-il un problème avec le Festival, qu’on le comprenne, qu’il ne me laisse pas critiquer ses positions sur les créations, j’ai d’autres choses à faire 🙂
    Par ailleurs, ces mêmes films marocains que tu dégrades :
    1 – « Les films marocains racontent des histoires. Le côté stylistique, les effets spéciaux, la direction d’acteurs… ne sont pas encore leur fort.  »
    2 – « un AVIS (sans voir) sur un navet des frères Noury ».
    3 – « ce film s’est avéré un bide, et d’une nullité…! »
    4 – « argent qui sert à produire des navets de ce gabarit »,
    ces mêmes films n’ont pas arrêté d’amasser les prix dans des festivals de renom partout au monde. Et d’ailleurs, même en suivant ta logique ( critiquer un film sans le voir, en faisant un avant selon les critiques cinéma ), tous les critiques ont très bien apprécié ce film des Noury, à part un seul journal que tu connais bien.

    In fine, merci pour ta pédagogie 🙂

  8. On peut continuer comme ca jusqu’à l’infini…
    Ce qui est un navet pour moi peut être génialissime pour vous et vice-versa !
    Le navet des frères amasse des prix à commencer par celui de Marrakech…!
    Par contre j’aimerai bien corriger une erreur dans votre dernier com où vous dites : « tous les critiques ont très bien apprécié ce film des Noury, à part un seul journal que tu connais bien. »
    Je sais pas de quel journal vous parlez (Al tajdid ou Al Massae ou autre), mais je peux vous assurer qu’ils ne font pas partie de mes lectures. Je n’apprécie ni leur style, ni leurs thématiques ! Mais ils ont le droit de manifester leurs positions du moment qu’ils le font démocratiquement.
    Apparemment, en bon lecteur, vous les suivez de près !!!
    SVP, arrêtez de catégorier les gens à chaque fois qu’ils vous contredisent !
    N’oublie pas que Marx était barbu… Et le pape ne l’est pas !

  9. @ De passage : Que l’on continue à l’infini, cela ne me dérange pas 🙂 la rhétorique, la polémique, … ce s’apprends dans la pratique.
    Attends, je n’ai pas fais d’erreurs dans l’assertion où tu me cites. La preuves, tu as reconnu les journaux dont je te parlais 🙂
    Autrement, je n’ai jamais catégoriser les gens. Je ne te connais pas. Tu n’affiche pas une identité. Je ne peux que chercher, à travers tes réponses, à reconstituer ton profil. Le mien, tu l’as bien, la preuve tu me cites Marx et pas Almawardi 🙂 Ce qui n’est pas équitable dans une discussion.
    Bref, ravi d’avoir échangé avec toi, et croix moi cela me fait plaisir. Dans notre pays, nous avons un problème pour assumer et confronter les idées. C’est ça la démocratie. On a pas les mêmes idées, projets, … et l’on doit apprendre à les défendre, car, on est obligé de vivre ensemble.

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