Tribune : Le consensus régressif qui se trame !

Le consensus régressif qui se trame !

Une réalité politique nouvelle s’esquisse

Le Maroc est déjà à l’aube d’une réalité politique nouvelle. Le « printemps arabe » et ses prolongements à travers le mouvement du 20FEV, dessinent une double tendance déjà perceptible lors des derniers scrutins électoraux.

Première tendance : L’activité citoyenne est de plus en plus déconnectée du moment électoral. Les vrais citoyens ne sont pas forcément des électeurs. L’élection étant ici plus qu’ailleurs encore très largement frappée de suspicion. Elle ne constitue pas le seul registre de légitimité de la vie publique.

Deuxième tendance, loin de manifester une indifférence à l’endroit des sujets politiques, l’activité citoyenne entreprend désormais de les prendre en charge directement, ouvertement et publiquement moyennant  des procédés et des formes de mobilisation nouveaux. Jamais le thème de la réforme constitutionnelle n’a connu pareils diffusion et engouement, au moyen d’un portage politique de la société civile, aux dépens de celui peu convaincant et/ou bien tardif des partis politiques.

A cette double tendance, le nouveau texte constitutionnel offre paradoxalement, et à son insu, des marges d’initiative et d’action de nature à conforter une tendance à la redéfinition des ressorts de la légitimité démocratique : Une institution ne sera désormais considérée comme pleinement démocratique que si elle est soumise à des épreuves de contrôle, de surveillance et de jugement concurrentes de celle émanant du seul parlement élu.

Des élections anticipées ne peuvent répondre aux promesses rituelles de transparence

 

C’est dans ce contexte que le pouvoir veut précipiter la fin du « cycle constituant » par l’annonce d’élections anticipées qui sifflerait « la fin de la récréation ». Les partis politiques, englués dans une culture politique qui répugne au questionnement stratégique, lui emboitent le pas sans surprise, persuadés de recueillir les dividendes de leur loyauté. En attendant, ils se rabattent sur ce qu’ils maîtrisent le mieux : renouer avec la logique électoraliste dans une compétition politiquement vaine, gérer en interne les promesses de récompense réelles et symboliques que leur suivisme sans faille leur fait espérer.

La crédibilité de l’acte 1 d’une « transition annoncée » semble déjà prise en défaut par un agenda arrêté de longue date et des méthodes de concertation qui ressortissent plus du marchandage. A rebours des annonces, le pari de la continuité politique moyennant quelques ajustements de façades (nouveaux visages etc….) ne fait plus de doute. Le mouvement démocratique civil qui a porté la revendication constitutionnelle dans la rue est placé devant une alternative cruelle   : participer au festin et en accepter les règles, ou s’essouffler dans des postures exclusivement protestataires au risque de s’aliéner les segments silencieux de l’opinion publique et des élites qui ont salué sa détermination et son audace.

Son repositionnement est plus que souhaitable à très court terme et sur au moins deux plans :

En tirant d’abord le meilleur parti de la contradiction dirimante qui mine le consensus régressif qui lie le pouvoir à la classe politique : Dans sa logique, et après s’être assuré de la prévisibilité et de la « viabilité » des scénarii post électoraux, le pouvoir ne peut se permettre une participation faible aux prochaines élections qui ruinerait à jamais ses options. A moins d’un miracle, Il sera d‘autant plus « contraint » à la manipulation des résultats en terme de participation, qu’aucun indice n’augure d’un sursaut citoyen dans le délai très court qui nous sépare du scrutin annoncé. Bien au contraire, le débat sur les réformes politiques, loin des acteurs civils, met en scène une concertation qui, en réalité équivaut à un nouveau marchandage, célébrant explicitement des postures convenues et ménageant implicitement les ambitions personnelles dans un nouveau casting auquel obligent l’air du temps et l’image du changement. Le scénario hautement souhaitable d’élections scellant le retour d’un début de confiance dans l’action politique partisane obéit à une toute autre temporalité que nulle n’envisage de faire valoir au nom de lintérêt national et au delà des déclarations formelles.

Surtout, le débat à l’oeuvre trahit d’une part, l’aveuglement volontaire des acteurs qui réduisent l’enjeu post référendaire à l’adoption de textes (code électoral , loi sur les partis….) par des institutions publiquement délégitimées et, d’autre part, l’état objectif d’impréparation notoire de ces mêmes acteurs institutionnels entraînés dans un activisme qui ne trompe personne.

Et pour cause, comment convaincre en un mois, ceux qui ont boudés les urnes en 2007 et en 2009 et les jeunes du 20FEV porteurs de l’espoir démocratique, que le changement peut advenir, être conduit et piloté par ceux là même qui ne l’ont jamais voulu !

Conclusion : des élections dans la précipitation, conduites par des partis délégitimés car complices du consensus régressif pré et post référendaire, déconnectés de la dynamique populaire incarnant le changement, ne sauraient constituer, dans les conditions actuelles du jeu politique, LA réponse à l’acte 1 de la transition. La volonté de court-circuiter un processus constituant inachevé, quel que soit l’appréciation que l’on porte sur le texte adopté, se paie donc de lourdes contradictions qui accentuent la défiance envers les institutions !

Le mouvement démocratique civil contraint à un repositionnement :

 Il importe dès lors que le mouvement démocratique civil, au nom d’une critique interne :

  1. Pointe les contradictions dans lesquelles la classe politique s’est volontairement enfermée au risque de dévoyer la transition annoncée,
  2. Et marque publiquement le rejet d’un agenda à l’élaboration duquel il n’a pas été associé.

Le deuxième plan, consiste en la mise en place de « Comités de vigilance citoyenne pour la démocratie » ou d’un « front de vigilance citoyenne pour la démocratie » qui fédèreraient les énergies, tireraient parti des synergies avec pour objectif d’éprouver les marges d’action,  de proposition et de mobilisation, rendues possibles aujourd’hui par le contexte international et national et certaines dispositions du texte constitutionnel, malgré ses insuffisances.

par Ali bouabid, le 25 juillet 2011.

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3 Réponses

  1. un front de vigilance citoyenne, et puis quoi encore ? pourquoi pas des comités de salut public et des milices de quartier ?

    quant au mouvement du 20 février, il aurait incarné « l’espoir démocratique » si meneurs et menés de ce mouvement avaient eu l’intelligence stratégique et tactique de se constituer en parti politique au lendemain du discours du 9 mars.
    au lieu de cela, les idéologues du M20F ont opté pour le traditionnel gras de fer avec la monarchie (les vieilles recettes pourries du 23 mars 65 ou du 20 juin 81) au titre cette fois du « maintien de la pression afin d’obtenir des garanties »…

    mais il n’est pas encore trop tard pour que le M20F assume enfin ses responsabilités vis-à-vis de la Nation, au lieu de poursuivre la manoeuvre de tenter de dresser le peuple contre le roi. alors que l’objectif de dérocher 20% des voix aux élections serait autrement plus exaltant comme projet politique alternatif.

    pour ce qui est du discrédit des institutions, il faudrait que les partis « progressistes » cessent de faire comme si le peuple n’avait faim que de pain et de téléphones portables 😉 si on nourrissait plutot les gens de vraies idées politiques, ils en redemanderaient. mais tant qu’on les gave de propagande plus ou moins mal embouchée, faut pas compter sur une conscientisation citoyenne digne de ce nom.

    hélas, l’histoire du maroc politique contemporain a été tellement falsifiée que même les falsificateurs ont fini par croire à leurs mensonges…

    PS
    il faudrait en finir avec les procès d’intention de falsification de la volonté populaire faits au « pouvoir », non seulement ça plombe le débat mais ça n’est guère fair-play… ou alors, il faudrait que l’opposition se rappelle elle-même à l’ordre du « devoir », pour changer…

  2. Ya Si Ali, à force mettre exergue l’importance du Mouvement du 20fév, tu as fini par te déligitimer toi-même, face à la jeunesse qui croyait en toi!

    Tu permets ainsi aux farfelus du 20 Fév de se déclarer porteurs d’un message dont des citoyens comme toi avaient la responsabilté morale, historique et politique de véhiculer!

    Un certain Abderrahim, allah y rahmou, n’aurait jamais eu un tel comportement!

    Mais autres temps, autres moeurs!

  3. Merci a Salvadordali et Hmida de representer l’avis des monarchistes et des mkhazniya.

    Faites courbette a votre seigneur. Il vous donnera une grima.

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