Archives Mensuelles: décembre 2012

Aujourd’hui, ce n’est certainement pas la fin du monde … mais la fin de l’ « Union » pour moi !


L’Union Socialiste des Forces Populaires n’a pas été pour moi un simple parti. C’est un système entier, par ses hommes et ses femmes, ses valeurs, ses positions, son cheminement, …

Aussi loin que ma mémoire puisse aller, j’ai côtoyé des usfpéistes. Dans la petite ville où j’ai grandi, mes meilleurs enseignants du collège et du lycée sont dans cette union.  Les entraineurs de foot des équipes de jeunes, les épiciers de mon quartier, les conseillers communaux, les banquiers, les avocats, … aussi

Je n’oublierai jamais cet enseignant qui nous a carrément expulsés, alors qu’on était au lycée, du siège du parti, avec cette phrase : « Allez pour vos cours. Si vous voulez être uspéistes,  il faut le mériter, réussissez dans votre entourage. A l’USFP, nous devons être l’exemple ! ». Celui-là même qui était le plus gentil et le plus respecté des enseignants, était un ancien détenu politique, conseiller municipal en 95, venait au lycée à vélo pour des convictions « écologistes » !

A l’USFP, j’ai fait la connaissance des meilleurs poètes, des meilleurs avocats, des meilleurs enseignants, … des militants à l’image de « Haj Mouh ». Ce dernier passait chaque jour sur son vélo devant le siège du parti. Quand la porte était ouverte, il rentre sa bicyclette, sort une chaise de l’intérieur et se désintéressent royalement de ce qui se passe à l’intérieur : pour lui, l’Union est en marche. On rigolait bien de Haj Mouh. Plus tard, j’ai compris son attitude, lui qui a combattu avec un Bensaid les occupants à Ait Baamrane, puis a fui les forces de l’occupant pour s’installer dans notre ville et ne plus jamais la quitter jusqu’à embrasser son sol dans un dernier sommeil.

J’ai appris à l’union à lire Laroui avec Jabri, Sartres avec Camus, Lénine avec Trotski, … mais surtout j’ai appris sur des légendes, décédées ou vivantes, héros, ou « héros sans gloire » !

Avec l’avènement de Me Abderrahmane Youssoufi comme premier ministre de l’alternance, dans une ville du « Maroc non utile », le gouverneur a convoqué tous les représentants locaux des partis pour une réunion. La tradition usfpéiste, qui voulait que ces réunions soient systématiquement boycottées, a été brisée. L’Usfpéiste s’assoie au coin opposé du gouverneur et annonce en début de réunion : « Ecoutez. Le Maroc a changé, il y a des choses que seulement le gouverneur et moi comprenons ». Quelle naïveté de notre uspéiste, digne représentant de Ssi Abderrahmane dans son bourg, se croyant désormais le contrepoids du gouverneur, représentant du roi ! Dans l’esprit de beaucoup, cette naïveté était une croyance. Youssoufi n’a pas fait son premier voyage en 1er ministre à un souk hebdomadaire de Toubkal, où un militant exposait Mehdi, Omar et Abderrahim alors que d’autres vendaient des vivres et des habits !

Je ne vais pas continuer dans la nostalgie. Je ne fais pas l’éloge de l’union, comme je n’accepte pas les condoléances, l’USFP sera toujours vivante (lisez au moins ce qui a été dit lors du dernier congrès). En même temps, serait-il suffisant, avec tout ce qui est précédemment cité, et ce qui n’est pas évoqué, de continuer à nourrir l’union, d’y être ? Certainement pas.

Depuis 2002, nous avons compris que lorsqu’Omar a convaincu les uspéistes de réformer l’Etat de l’intérieur, à travers la stratégie de lutte démocratique, l’USFP n’était plus, en acceptant le « non-respect de la méthodologie démocratique », l’outil révolutionnaire capable de réformer l’Etat et la société. Depuis lors, nous nous sommes donnés comme mission de réformer l’union : Rébellion de la jeunesse, courants, pétitions, appels, … jusqu’à aujourd’hui, mais sans jamais réussir. Chaque fois que l’on se dit proche, on s’éloigne un peu plus dans une sorte d’agonie politique chronique. Non seulement l’USFP n’était plus capable de sortir le pays de la crise politique, elle en est devenue une partie. Et d’ailleurs, notre électorat, nos sympathisants n’ont cessé de nous le faire signifier depuis !

Le 9ème congrès, dernière chance comme nous l’avons évoqué, est la preuve tangible, en tout cas pour moi, et certainement pour beaucoup de camarades, que plus rien ne nous lie à cette union :

  • La « compétition » pour le poste du 1er secrétaire a été vidée et remplacée par une compétition de personnes, où le « plus fort gagne », au lieu d’une compétition d’idées et de projets.
  • Alors que nous avons, à maintes reprises, critiqué le non-respect par la direction du parti de la déclaration politique du 8ème congrès qui liait notre présence au gouvernement aux réformes constitutionnelles en vue d’une « réelle monarchie parlementaire », nous voici avec un communiqué politique du 9ème congrès, maigre, sans goût, sans horizons imposés à la direction, à interpréter selon les goûts des chefs. D’ailleurs, ce communiqué ne dit pas un mot sur la gestion du parti entre les deux congrès !
  • Alors que l’Union voit dans la constitution votée en 2011 une avancée notoire vers l’instauration de la monarchie parlementaire, il est l’évidence même que d’avouer que cette constitution, malgré ses imperfections, ses zones d’ombres, son refus par certaines forces progressistes, est l’enfant d’un 20 Février 2011, auquel nous avons participé, que nous, avec d’autres camarades partageant certaines convictions communes, avons préparé et encadré pendant plusieurs semaines, d’abord par des initiatives personnelles, puis par arrachement du soutien du conseil national. Il est ridicule, sinon politiquement inacceptable que cette effervescence du 20 Février ne soit nullement mentionnée dans le communiqué politique du congrès, malgré l’agitation des « usfpéistes du 20 février » !
  • Le communiqué politique issu du congrès voit en la constitution de 2011 le summum de la démocratie, et qu’il suffit de son « opérationnalité démocratique » pour atteindre la monarchie parlementaire en ces termes énoncés dans le titre du communiqué : « Parvenir à l’instauration d’une monarchie parlementaire en veillant à la concrétisation des dispositions de la Constitution ». Je refuse ce constat, et beaucoup de camarades l’ont fait remarquer au congrès même !
  • Le report de la suite des travaux du congrès trahit une sordide recherche de « consensus » et de partage de la tarte partisane !

Comment rester dans un parti qui se dit moderniste et qui s’interdit de défendre « l’Etat civil » dans la constitution ?

Pour toutes ces raisons, l’USFP ne représente plus pour moi l’espoir, le rêve, l’utopie, … pour rassembler la gauche, pour réformer l’Etat et la société, pour défendre les démunis, pour installer l’égalité des chances, … Je ne partage plus les valeurs inavouées qui règnent au sein de certains camarades, de la base au sommet. Nous avons longtemps résisté à cette transformation du parti en machine électorale, et pire en agence de recrutement, aujourd’hui, le clanisme conduirait à la ruine ! Si l’union a accepté d’être « complément d’objet direct » dans les majorités depuis 2002, certains la mettraient « complément d’objet indirect », dans l’opposition !

Quand Abderrahmane youssoufi révéla à Bruxelles : « Espérons de ne pas perdre dans le proche avenir la faculté de rêver », je fais aujourd’hui mon engagement : « Je ne permettrai plus jamais de laisser voler mon rêve ».

Officiellement, je porte la casquette d’ancien ittihadi dès aujourd’hui ! A tous les camarades de gauche, ceux qui restent dans l’union, ceux qui sont dans d’autres organisations, ceux qui se définissent à gauche, CONSTRUISONS ENSEMBLE LE GRAND COURANT MODERNISTE, EGALITAIRE & DEMOCRATIQUE, CONSTRUISONS ENSEMBLE L’ALTERNATIVE DE GAUCHE.

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@Novinha56 : « Si les Frères Musulmans étaient sans aucun doute la meilleure force d’opposition au niveau de leur organisation, ils sont de piètres politiciens »


ikhwane epicerie

Blogueuse avertie, elle travaille depuis 15 ans sur les questions sociales et de développement, notamment en Égypte où elle vit depuis 6 ans. @Novinha56, en plus de son blog ( Le blog à Bécassine ) où elle transcrit ses observations sur l’actualité, nous livre ci-dessous dans un entretien, des observations pertinentes :

L’Egypte connait un bouillonnement inégalé depuis la chute de l’ex-président Moubarak. Quelle est la situation que vous observez?
Le bouillonnement n’est pas constant, il surgit par crise à différents moments et à différents endroits. En dehors des points chauds et d’une minorité qui se sent concernée par la situation, une grande majorité d’Égyptiens continuent à vivre tant bien que mal (et plutôt mal que bien). Lorsqu’on vit assez loin des points chauds, on est peu touché dans notre vie quotidienne par cette instabilité, sauf quand les écoles sont fermées pour raisons de sécurité, ce qui a été le cas plusieurs fois au cours de ce dernier mois.

Si « bouillonnement » nous renvoie à l’idée d’instabilité en ce moment, ce n’est pas toujours le cas. Il y a aussi un « bouillonnement » positif comme la formidable explosion culturelle qu’on observe en Egypte depuis la révolution, dans les domaines de la musique, du cinéma, de la littérature. Cela mériterait un article complet.

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Congrès #usfp #ouallaoualou


Parce qu’il faut bien un billet sur le IXème congrès de l’USFP, je me lance. Je ne vais pas parler sur le débat idéologique régnant dans la préparation du parti marocain de la rose, vous pourrez lire ici :

Dans un prochain billet, je mettrai en lumière mon analyse des différentes plateformes soumises au congressistes sur les différentes questions idéologiques, politiques, économiques, sociales et culturelles. Le débat de la commission de préparation a été riche, franc et sans concession. Les choix du parti, à savoir la social démocratie ( prônée lors du XIème congrès ) et la stratégie de lutte démocratique ne sont pas remis en cause. Par contre, le procès des 13 ans de gestion gouvernementale est on ne peut plus violent.

Je ne vais pas m’attarder sur ce sujet, objet d’un autre billet, pour passer à ce qui reste dans la scène médiatique « le plus important » : choix du capitaine de vaisseau. En effet, l’USFP a été le premier parti à avoir abandonné l’idée de la légitimité historique, que l’on interprète chez nous : « Ne te fatigue pas, le leader est naturellement choisi », avec la « révolte » sur Elyazghi, le malheureux éternel second de la formation de Benbarka. Cette pluralité à venir a été mal vécue au sein du parti n’ayant pas reçu de didactique spéciale 🙂 et du coup, le VIIIème congrès a failli détruire le parti, et s’est finalement déroulé sur une seconde manche de rattrapage.

Fidèle à ma tradition de transparence ( qui me vaut toujours des représailles organisationnelles, mais qu’est ce que je m’en-fous ), car je pense que ce parti appartient à tous les marocains et fait partie intégrante de leur inconscient collectif, même ceux qui disent le « haïr » ( d’ailleurs, je me demande comment des gens font de la politique en « aimant » ou « haïssant » un parti? la politique se fait-elle avec les sentiments? ), je vais faire ici la présentation des 5 candidats aux postes du 1er secrétaire de l’USFP.

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Jean-Paul Galibert, auteur de « Suicide et sacrifice » : « il me semble qu’il est impossible de laisser l’Islam aux islamistes radicaux … C’est le combat d’Averroès qui continue»


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J.P. Galibert, philosophe français, blogueur et auteur de plusieurs essais philosophique, dont le dernier s’intitule « Suicide et sacrifice ». Il nous a accordé cet entretien :

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Malgré les critiques soulevées par l’usage disproportionné de la force : Benkirane défend les violences policières contre les manifestants


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Abdelilah Benkirane s’est attiré les foudres des défenseurs de droits de l’Homme. Sa prise de position en faveur des violences policières commises lors de la dispersion musclée des manifestants ne fait pas l’unanimité. En effet, le chef du gouvernement estime que  le recours à la violence lors de manifestations évite aux manifestants d’être arrêtés et incarcérés et à leurs familles d’être peinées.  Un argument qui a laissé pantois plus d’un.
Tel est le cas de Mohamed Abou Naser de l’Arganisation marocaine des droits de l’Homme (AMDH) qui estime que les déclarations de Benkirane ne constituent pas une surprise vu le parcours personnel de l’homme. Selon lui, les propos du chef du gouvernement mettent à jour les régressions enregistrées dernièrement au Maroc au niveau des droits civils et politiques.
Même évaluation du côté de Mustafa El Manouzi, du Forum vérité et justice (FVJ), qui ne mâche pas ses mots. D’après lui, Benkirane a du mal à assumer son nouveau rôle de chef du gouvernement. « L’homme se croit encore en campagne électorale et son discours est encore imprégné de démagogie. Il a tendance à oublier qu’on vit une période transitoire et que toute vraie réforme passe obligatoirement par la réhabilitation et le respect des droits de l’Homme», nous a-t-il indiqué.
El Manouzi va plus loin. Il estime que les connaissances de Benkirane dans le domaine des droits de l’Homme sont rudimentaires. «Les droits de l’Homme sont un tout qui ne peut être divisé. Toucher à une partie, même minime de ce tout risque de provoquer un déséquilibre de l’ensemble. Du coup,  le gouvernement a la responsabilité de préserver ce tout en veillant à l’équilibre entre la liberté et l’ordre public. Benkirane est appelé à garantir cet équilibre», a-t-il indiqué.
En détaillant dans le même sens, Mounir Bensalah, membre du Conseil national de l’OMDH, nous a expliqué que si,  par principe, l’Etat est le détenteur de la violence légitime, ce droit doit être utilisé au service d’autres droits et non au seul service des pouvoirs publics. D’après lui, Benkirane est en train d’abuser du droit de recours à la force au détriment d’autres droits dont celui de manifester. « Les individus qui manifestent dans la rue ne sont pas en principe des perturbateurs de l’ordre public et ne constituent pas une menace pour qu’on puisse tolérer une telle violence contre eux », nous a-t-il confié.
Selon lui, une telle déclaration risque de remettre en cause beaucoup d’acquis en matière de droits de l’Homme. Pire, elle risque d’assimiler les  manifestants aux fauteurs de troubles.
Notre source va plus loin. Elle estime que cette déclaration aura sans doute des conséquences néfastes sur l’image du Maroc à l’étranger. «Nos partenaires internationaux vont sûrement être choqués par ces propos puisqu’ils remettent en question la volonté du Royaume d’instaurer l’Etat de droit et de respecter les droits de l’Homme».
De son côté, Mohamed El Nouhi, président de l’Instance marocaine des droits de l’Homme, nous a indiqué que le droit de manifester est un droit légitime garanti par les lois et chartes internationales ainsi que par la Constitution. D’après lui, la déclaration du chef de l’Exécutif est en totale contradiction avec le programme gouvernemental qui a promu la garantie de ce droit au rang de ses priorités. Mieux, Benkirane himself a pris l’engagement personnel de préserver ce droit.  «Une contradiction qui révèle que l’approche des droits de l’Homme reste encore du ressort du discours et peine à s’enraciner dans la pratique», a-t-il conclu.

Hassan Bentaleb.

Article publié par le journal marocain Libération le 03/12/2012.

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