Monique Dagnaud : « La génération Y revendique plus de liberté individuelle, une égalité entre les sexes, la reconnaissance des identités particulières »

OLYMPUS DIGITAL CAMERAMonique Dagnaud est diplômée de HECjf, de l’Institut Politiques de Paris, et elle possède un doctorat en sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Elle a un parcours professionnel de chercheur et enseignante. Elle est directrice de recherche CNRS à l’Institut Marcel Mauss (CNRS – EHESS) à Paris. Elle est également maître de conférence à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales ; elle enseigne dans le master professionnel de l’INA et a été maître de conférence à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris de 1977 à 2008 .  Elle a été membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel de 1991 à 1999 et a été membre du Conseil de surveillance du Groupe Le Monde de 2005 à 2010.

Sociologue des médias, elle a développé aussi des recherches sur les adolescents et les jeunes adultes. Elle est l’auteur d’une quinzaine de livres et de nombreux articles scientifiques. Elle collabore régulièrement à deux sites web : Telos-eu et Slate.fr.

Livres  récents :

.Génération Y (Why), Les jeunes et réseaux sociaux : de la dérision à la subversion,  Editions des Presses de Sciences Po, 2011, réédité dans une version enrichie en janvier 2013.

. Martin Hirsch, le parti des pauvres, Histoire politique du RSA, Ed de l’Aube, 2009

. La teuf, Essai sur le désordre entre générations, Le Seuil, 2008

J’ai eu le plaisir d’animer une conférence avec Monique Dagnaud au Salon du livre de Casablanca avec comme thème : « Génération Y: les jeunes et les réseaux sociaux ». A la marge, j’ai profité pour lui poser quelques questions :

1- Vous avez étudiez ce qu’on appelle aujourd’hui « génération Y », première génération à naitre sous l’ère d’Internet. Quelles en sont les principales caractéristiques?

Cette génération est la première à entrer dans l’univers de la connaissance, et de l’information par le biais des outils digitaux. Elle manie avec dextérité cet outil communicationnel, elle a pris l’habitude de fonctionner en jouant alternativement des liens forts (avec les gens que l’on connait et que l’on fréquente dans la vie réelle) et des liens faibles (avec les contacts que l’on peut mobiliser aux fins les plus diverses, récréatives ou engagées).  Une part importante de ses membres sait utiliser les abondantes ressources d’internet et des réseaux sociaux. Dans mes travaux, je dégage trois aspects qui sont amplifiés par cette culture digitale. D’abord,  la dimension expressive de l’individu : on se présente et on attire des contacts affinitaires en exprimant ses goûts, ses opinions, en se révélant par des photos, des images ou des vidéos fabriquées par soi ou repiquées, par des production artistiques éventuellement.  Ensuite,  une prédilection pour l’ironie et de la dérision, une certaine façon de regarder et de penser le monde, qui est aussi une prise de distance et une capacité critique à l’égard des autres; mais aussi de soi. Cette verve ironique est un catalyseur pour la critique sociale. Enfin, la consommation de biens culturels : jamais les jeunes n’ont consommé autant d’informations, de musiques, de films ou de séries télévisées.

2- Dans le monde professionnel, chez les parents, … il y a une grande incompréhension de cette génération. Croyez-vous que ce malaise est du justement à un conflit de génération normal, ou s’agit-il d’une accentuation du aux réflexes Internet?

C’est vrai que les générations plus âgées sont souvent critiques à l’égard d’une culture et d’un mode de fonctionnement qu’elles connaissent mal. Elles s’inquiètent de la mise dans l’espace public, sans trop réfléchir,  de données personnelles. Elles pensent qu’Internet favorise l’enferment dans un monde virtuel, et aboutit à se couper des autres et de la famille. Ces dérives existent, mais l’adolescence, dans les sociétés modernes,  est de toute façon une période de la vie où on tente de se construire individuellement,  où l’on prend son autonomie vis à vis de la famille, et où l’on favorise intensément la sociabilité avec les autres de son âge. Les réseaux sociaux intensifient cette tendance, mais n’inventent rien. Pour une grosse majorité des jeunes, Internet est un relais et un prolongement de la vie réelle, mais ne se substitue pas à la sociabilité de face à face.
Pourtant je pense que les professionnels et les parents regardent aussi cette culture avec une curiosité bienveillante, beaucoup souhaitent en connaitre le maniement et y participer.

3- Nous avons l’impression qu’un certain « nivellement culturel » est en train de se passer au niveau planétaire grâce à internet, surtout chez les jeunes. C’est dire une perte des cultures locales au profit d’une culture globalisée.  Approuvez-vous ce constat?

Il y a certainement une culture mondialisée de la jeunesse grâce à la circulation des opinions, aux échanges et à la consommation de biens culturels, via Internet. Je ne suis pas sûre que ce mouvement anéantisse les cultures locales, car les jeunes savent bien que pour trouver une place dans leur société il faut aussi accorder de l’importance à la transmission issue des générations précédentes, et aux identités locales. Je pense plutôt qu’ils savent bien jongler avec ces différentes dimensions culturelles, la confrontation des angles de vues est plutôt un enrichissement, rien n’est plus stérile que l’enfermement dans une seule et même façon de penser et de voir les choses.

4- Beaucoup d’observateurs font le parallèle des révoltes des jeunes dans les pays arabes, ou les jeunes du mouvements des indignés au mai 68, avec un outil de taille : Internet. Pensez-vous que ces jeunes portent la même conscience de leur futur que ceux de 68?

Ils revendiquent plus de liberté individuelle, une égalité entres les sexes, la reconnaissance des identités particulières : cela ressemble en effet au mouvement de mai 68, un mouvement qu’il faut examiner sous ses diverses facettes -son côté vraiment émancipateur, bien sûr, et parfois les excès qu’il a pu engendrer.

siel conference

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Une Réponse

  1. La dichotomie generation X/Y n’est sociologiquement applicable que dans le contexte du monde occidental. Toute tentative d’extrapolation vers d’autres cultures releve de l’absurde.

    Generation I (ou W?) me semble plus appropriee pour decrire la generation post-internet globale.

    Et n’oublions pas que les revoltes « arabes » de 2011 contenaient plus de conservateurs religieux que de « reveurs a la 68 ». La derniere question pue donc le revisionisme. Il faudra malheureusement attendre le 22eme siecle pour voir Mai 68 et Woodstock dans cette region…

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