Archives Mensuelles: juin 2013

#anfass Secteur de la #santé : Sortir des sentiers battus


« Mouvement ANFASS Pour la Démocratie et la citoyenneté »

Secteur de la santé : Sortir des sentiers battus

 

Pourquoi ce Document ?

Dans un contexte marqué par la tenue, pour la première fois depuis 1959, d’une conférence nationale sur la santé visant à déterminer les priorités stratégiques pour les 30 années à venir, nous, « Mouvement ANFASS pour la Démocratie et la citoyenneté », soumettons cette contribution au débat public.

En Mai dernier, et en collaboration avec le mouvement « Clarté-Ambition-Courage », nous avions publié un document sur la fiscalité où nous avions mis clairement l’accent sur la notion de « pacte de citoyenneté ». Nous avons considéré que la fiscalité est « un instrument au service du projet de société » et une contribution citoyenne reflétant l’engagement du citoyen envers sa société à travers un pacte. De ce fait, elle ne pourra jamais être perçue comme telle sans un regain de confiance du citoyen dans les piliers que sont l’éduction, la justice, la sécurité et la santé.

La santé aujourd’hui au Maroc marche à deux vitesse et créé de ce fait deux catégories de citoyens : citoyens ayant une couverture médicale « solide » ou des moyens financiers, et les autres démunis, laissés pour leur compte. Cela doit absolument cesser !

Nous estimons qu’il est temps de sortir des sentiers battus et établir un projet sectoriel « santé 2030 » adapté à nos réalités locales capable de surmonter, dans un futur proche, les écueils qui entachent ce secteur névralgique, dans le cadre d’une stratégie globale permettant de redonner l’espoir d’un Maroc meilleur avec un service public de qualité.

Etat des lieux :

Nous relevons, en toute objectivité, que les politiques de santé menées depuis l’indépendance ont permis un certain nombre de réalisations indéniables qu’on peut résumer comme suit :

  • Une amélioration de l’espérance de vie à la naissance et une baisse notoire de la mortalité infanto-juvénile (moins de 5 ans).
  • Une baisse de la mortalité maternelle liée principalement à une amélioration du suivi de la grossesse et de la prise en charge des accouchements.
  • Une généralisation de la couverture vaccinale et des structures de soins de santé de base (dispensaires, centres de santé, centre de santé avec unités d’accouchements).
  • Un démarrage d’un programme de couverture médicale.
  • Une production locale du médicament capable de subvenir à plus de 70% des besoins nationaux, avec des dispositifs de contrôles adéquats.

Malgré ces réalisations, le système de santé demeure handicapé par de nombreuses insuffisances qu’il faudra absolument surmonter si on désire redonner confiance au citoyen dans ses établissements de santé.

Ainsi, nous notons principalement :

  • une disparité importante des indicateurs de santé entre les milieux urbain et rural.
  • Une concentration de l’offre de soin spécialisé autour des grands centres urbains traditionnels.
  • L’insuffisance de la densité de la population médicale (6.2 médecins pour 10.000 habitants au Maroc contre 10.8 en moyenne de la région) et paramédicale (8.9 pour 10.000 habitants au Maroc contre 15.9 en moyenne de la région).
  • La faible part des dépenses de la santé dans le PIB (à peine 2%) dont plus de la moitié est supportée par les ménages (uniquement 34% de la population a actuellement une couverture maladie : dépense par habitant au Maroc est inférieure à 170 $ annuellement contre plus de 220 $ comme moyenne de la région).
  • L’absence d’une politique nationale de la santé mentale et psychique,
  • L’absence d’une politique du médicament.
  • La lenteur du processus de mise en adéquation de l’arsenal législatif.
  • Le retard manifeste en termes de recherche liée aux sciences de la santé.
  • Alors que le pays bénéficie d’une flore riche et variée dont une grande partie est représentée par les plantes médicinales et aromatiques, aucune volonté politique n’a été affichée pour rédiger les monographies liées à cette flore, et développer une industrie nationale structurée en la matière.
  • Certaines pratiques de charlatanisme demeurent manifestes en toute impunité et avec une neutralité passive de la part des autorités.
  • L’absence d’une politique nationale de santé bucco-dentaire.
  • Bien que le pays est en cours de virage épidémiologique où les maladies chroniques (cardio-vasculaires, cancers..) sont de plus en plus prépondérantes comme causes de mortalité, presqu’aucune politique nationale préventive n’est enregistrée.
  • De même, la population de plus en plus vieillissante ne bénéficie d’aucun programme national de gériatrie et de prise en considération des besoins des populations âgées.

Nos propositions :

Sur le plan démarche :

Nous avons entamé, depuis un certain temps, au sein du « Mouvement ANFASS pour la démocratie et la citoyenneté » une réflexion de fond sur les futurs possibles du système de la santé.

Notre démarche qui s’appuie sur la prospective stratégique s’articule sur 4 étapes dont la conduite nécessite un travail de fond d’environ 2 ans :

  • Une première étape de collecte d’informations et de données visant à l’élaboration de fiches de synthèses sur les principales problématiques clés du secteur.
  • Une seconde étape de formulation d’hypothèses à partir des données recueillies et conduite d’une enquête nationale impliquant tous les acteurs.
  • Une troisième étape de publication des résultats de l’enquête et de rapprochement statistique permettant de dégager des scénarii futurs que nous soumettrons à débat public.
  • Une quatrième étape d’élaboration d’un programme d’action sur 15 ans intitulé « Vision santé 2030 ».

Cette initiative est ouverte à tous les acteurs qui peuvent nous rejoindre pour participer et mener à bien cette démarche.

Sur le plan mesures :

Notre travail actuel sur cette problématique nous pousse à regarder avec scepticisme la manière avec laquelle la deuxième conférence nationale sur la santé est en train d’être menée et nous doutons fortement de l’émergence d’orientations politiques et de programmes d’action clairs. Nous avons vu opportun de formuler quelques propositions d’orientations ayant émergé du débat sur la question au sein du « Mouvement ANFASS pour la démocratie et la citoyenneté », en harmonie avec le projet de société que nous défendons axé sur les valeurs de l’équité sociale, de la centralité du citoyen, du progrès et de la répartition. Dans cet état d’esprit, nous pensons que toute réflexion doit prendre en compte les quatre enjeux que sont :

  • L’accès
  • La qualité.
  • L’équité.
  • Le coût

Parmi les axes vers lesquels nous souhaitons que le débat public soit orienté, nous mentionnons :

  • La formation : Nous estimons qu’il faudra revoir, sur le fond, la manière avec laquelle le médecin est formé. La formation du personnel paramédical est également un domaine à réformer.
  • La médecine préventive doit devenir le centre du système de santé.
  • Une politique de santé psychique axée sur une meilleure prise en charge, l’implication du médecin généraliste et la création de nouvelles structures de soins.
  • La problématique de l’accès au médicament devra être résolue d’une manière différente en dehors de l’approche actuelle. Nous estimons qu’on ne peut être efficace dans l’amélioration de l’accès au médicament sans prises de certaines mesures :
    • Encouragement de l’émergence de grands acteurs pharmaceutiques nationaux capables de produire à très grande échelle et exporter vers les plus grands marchés internationaux.
    • Amélioration de la couverture maladie.
  • L’encouragement de la recherche médicale appliquée et en économie de la santé.

Nous estimons au sein du « Mouvement ANFASS pour la démocratie et la citoyenneté » que la santé est l’un des leviers importants permettant de redonner confiance au citoyen marocain et conduire à la concrétisation d’un pacte de citoyenneté.

Contacts :

Othmane Boumaalif (boumaalif@gmail.com)

Issam Ourrai  (issam.ourrai@gmail.com )

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Les espoirs de révolution culturelle au Maroc (1966-1973) racontés par Kenza Sefrioui.


« Le magnifique travail de Kenza Sefrioui, retranscris dans son livre « La revue Souffles : Espoirs de révolution culturelle au Maroc (1966-1973) » est une victoire de l’intelligence, de la mémoire et une arme contre le désespoir ». C’est ainsi que Abdellatif Laabi s’était-il exprimé dans la rencontre organisée le 1er Juin à la médiathèque de CEDIDELP*  sous le thème : « Jeunes des années 1960-jeunes des années 2000 : Liaisons et ruptures pour un Maroc démocratique », à Paris devant une quarantaine d’invités.

revue souffles par kenza sefriouiLa rencontre a été l’occasion de présenter l’ouvrage de Kenza Sefrioui consacré à l’étude de la revue souffles, ayant fait l’objet d’une thèse de doctorat de l’auteur. « Créée à Rabat en mars 1966 par un petit groupe de jeunes poètes d’expression française, Souffles a été, tout au long de ses sept années d’existence, une tribune singulière dans le paysage de la presse marocaine. Elle a porté un véritable mouvement littéraire et intellectuel, avant de devenir la tribune du mouvement marxiste-léniniste. Disparue en 1972, après l’arrestation d’Abdellatif Laâbi et d’Abraham Serfati, son histoire, retracée au travers des témoignages de ses auteurs, montre que sa vision moderniste et progressiste invitait à des questionnements toujours d’actualité » peut-on lire dans la description du livre.

D’emblée, pour saisir l’importance de l’ouvrage, il faut souligner qu’il a fallu 10 ans à notre journaliste (du défunt « Journal Hebdo ») et critique littéraire Kenza Sefrioui pour nous raconter l’histoire de la revue « Souffles », qui elle n’a duré que 8 ans ! Pour l’auteure, l’ambition était de « retracer l’historique de la revue souffles, puis en deuxième partie du livre d’étudier la relation politique ». Il est à noter qu’une multitude d’entretiens exclusifs ont été accordés à K. Sefrioui, édité en annexe de son livre, de témoins et acteurs de la revue (notamment de feu Abraham Serfaty, Abdellatif Laabi, Mostapha Nissabouri, … ).

rencontre cedidel souffles kenza sefrioui

Pour Abdellatif Laabi, dont le combat pour la culture date depuis la création de Souffles, il a estimé que la proposition qu’il a faite pour la création de « l’institut national de la mémoire contemporaine » ainsi que celle du « manifeste pour la culture au Maroc » n’ont pas eu beaucoup d’échos, et des fois dans les sphères intellectuelles ! Le poète marocain, prix Goncourt, se dit préoccupé des thématiques de la mémoire, de la transmission entre génération et de l’archive. Dans ce sens, il loue une initiative réussie de l’auteure K. Sefrioui de conserver une partie de la mémoire collective, lui qui a « préfacé ce travail consacré à une histoire qui ne lui appartient plus » a résumé le modérateur.

L’auteure s’est indignée également d’une absence de volonté politique de développer la culture, parlant de la « nécessité d’une vraie révolution des valeurs ». « Dans les conclusions, je parlais d’ « élan brisé » parce qu’il faut tirer la sonnette d’alarme sur la situation culturelle au Maroc ! La culture est centrale dans le projet démocratique ! » Ajoute Kenza Sefroui. Plus nuancé, Abdellatif Laabi pense « que les mêmes combats continuent, surtout avec un système de l’enseignement actuel qui fabrique des analphabètes bilingues ! Mais, certaines initiatives (exemple de théâtre) nous redonnent l’espoir ».

Intervenant au nom du « Mouvement Anfass pour la démocratie », présenté comme portant le même combat que la revue d’antan, le militant du 20 Février Montassir Sakhi accuse « les carriéristes de la culture et ceux d’entre eux décrits dans « un autre Maroc » de Laabi par « ces intellectuels vendant leur âme contre des miettes » et surtout ceux qui n’ont pas soutenu le mouvement des jeunes ». Tout en rappelant l’engagement de Laabi et d’autres dans les manifestations du 20 Février, il a insisté sur le fait que « le 20 février n’est pas orphelin, il est l’héritier des mouvements de résistance, depuis la résistance pour l’indépendance ! ».

« Ecrivains, poètes, essayistes, cinéastes, plasticiens s’y croisent et s’y côtoient dans un partage fécond des idées. Celles-ci circulent, le projet culturel de la revue mûrit dans son entreprise de décolonisation des esprits et de reconstruction de l’identité nationale. Après la sombre page du colonialisme et l’archaïsme despotique du régime marocain d’alors, l’enjeu est de taille » analyse Nathalie Galesne dans une tribune consacrée au livre de Kenza Sefrioui, avant d’ajouter : « En nous racontant « Souffles comme mouvement », « Souffles comme projet d’opposition » l’auteure nous entraîne à visiter ou à revisiter une page essentielle de l’histoire du Maroc et à nous saisir, chemin faisant, d’un passeport de connaissance ».

Tout a commencé ainsi, nous apprend l’auteure : « C’était au départ un projet purement poétique. Abdellatif Laâbi, Mostafa Nissabouri et Mohammed Khaïr-Eddine – tous trois âgés de moins de trente ans et insatisfaits des circuits culturels – avaient décidé de créer leur propre tribune. Le premier numéro est un simple recueil de poèmes, accompagné des œuvres des artistes qui enseignaient à l’Ecole des Beaux-Arts de Casablanca (Farid Belkahia, Mohammed Chabâa et Mohammed Melehi, qui avait réalisé la maquette de la revue). Un tonitruant prologue signé Laâbi donne les grandes lignes : Souffles se veut une tribune ouverte à toutes les recherches novatrices ».

« La revue Souffles : Espoirs de révolution culturelle au Maroc (1966-1973) » est édité en 400 pages aux Editions du Sirocco.

* : « Centre de documentation internationale pour le développement, les libertés et la paix » dont l’objectif est « de rendre accessibles les savoirs et la mémoire des luttes sociales et environnementales passées et actuelles qui nous concernent tous, citoyens et citoyennes. Tout en conservant et valorisant les archives déjà présentes dans le centre, nous cherchons à ouvrir un maximum le CEDIDELP à des productions audiovisuelles des mouvements militants ou populaires contemporains »)

Guerre 2.0


Rediffusion de l’émission Maghreb-Orient Express sur TV5 à laquelle j’ai participé :

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