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Mr le Ministre de la communication, je ne souhaite pas financer vos convictions !


Tout d’abord, permettez-moi Monsieur le Ministre de vous féliciter et féliciter votre parti pour la confiance des électeurs marocains. Je n’ai certainement pas voté pour vous, j’appartiens à une autre famille partisane et idéologique, opposée à la votre. Je le dis pour l’honnêteté intellectuelle. J’ai attendu les 100 jours du gouvernement dans lequel vous siégez pour faire objectivement la lecture de vos projets pour répondre aux attentes des marocains, dont une partie s’est inscrite dans la vague de contestation du 20 février 2011, moi compris.

Passons cette introduction. Vous avez déclaré Monsieur le Ministre que vous voulez interdire à 2M la diffusion des spots publicitaires des jeux de hasard. Le journal dont vous assuriez la direction, Attajdid, s’est chargé de monter l’argumentaire de votre souhait. Il avait avancé des arguments constitutionnel, juridique, social et pudique. Je ne souhaite pas contester votre argumentaire, ni votre souhait d’interdiction de la diffusion desdits spots. Vous avez même mis en balance votre maroquin ministériel et cette interdiction des spots de jeux de hasard. Je l’avoue, c’est courageux, mais je me demande à qui vous adressez-vous quand vous menacez de partir si cette interdiction ne se concrétise pas. Certainement pas à moi, citoyen, ou opposant politiquement à votre gouvernement.

Monsieur le Ministre, vous avez avancé que les recettes de la chaine 2M de ces publicités de hasard « ne dépassent pas 25 Millions de dirhams ». Vous avez proposé apparemment à la chaine de chercher à combler ces revenus qui s’évaporeraient au cas où votre décision prend effet, mais vous n’avez pas dit comment, vous le Ministre, politique.

Permettez-moi Monsieur le Ministre de vous rappeler que j’ai adressé une lettre, il a 3 ans, à votre prédécesseur lui faisant part de mon souhait de ne plus vouloir participer à la promotion de l’audiovisuel. Vous auriez même déclaré il y a moins d’un mois que vous allez mettre fin, pour 80% des marocains, dont j’estime en être un, à la taxe de promotion de l’audiovisuel. J’en été ravi, car ma lettre n’aurait pas été vaine. Il s’est avéré Monsieur le Ministre que nous auriez menti ! A la lecture de la loi de finances 2012, qui n’est toujours pas votée d’ailleurs alors qu’on est en Avril, cette taxe a la peau dure et persiste bien dans les recettes de l’Etat.

Monsieur le Ministre, pour revenir à cette suppression des spots publicitaires des jeux de hasard, si cette mesure vous sied et qu’elle est en phase avec vos convictions politiques sur la base desquelles votre parti a accédé au premier rang des élections, je n’ai pas d’objection. Sauf que je vous demande de payer cette mesure loin de ma poche !

Je ne souhaite pas financer vos convictions !

Veuillez accepter mes salutations.

Mounir Bensalah.

Deux remarques relatives au sujet :

  1. En parcourant le site de la loterie nationale, appartenant à l’Etat, j’ai trouvé que 20% des ventes de cette société de « jeux de hasard » sont versés, pas hasardeusement, aux caisses de l’Etat.
  2. La constitution prévoit une loi organique qui liste les établissements publics dits « stratégiques », dont les nominations se feront par le Roi. Il parait que la Société Nationale de la Radiodiffusion & Télévision, fait partie, selon votre secrétaire général du parti et non moins chef du gouvernement, de cette liste, selon sa propre proposition, soumise au parlement !
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Tribune : Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de la communication


M. le Ministre,

 

    Je m’adresse à vous en tant que citoyen marocain, mais aussi en tant qu’artiste, « auteur, compositeur et interprète », et gestionnaire de projets culturels, car la situation de l’artiste au Maroc ne peut que nous attrister. Certains pourraient se demander pourquoi je m’adresse à vous, alors que la logique voudrait que j’interpelle le Ministre de la culture. Dans cette lettre, je m’adresse à vous car la société de gestion des droits d’auteurs « BMDA » est curieusement sous votre tutelle ! Cela a-t-il un rapport avec la liberté d’expression ? Car c’est un secret de polichinelle de dire que la redistribution des droits d’auteurs est la condition sine qua non pour que l’artiste puisse avoir des rentrées d’argent autonomes afin qu’il puisse jouir de cette liberté. Si l’auteur ne peut vivre de ses œuvres, il est immédiatement asservi à une puissance économique, politique ou idéologique. Telle est l’histoire de l’art et de la création. A quelques exceptions près…

 

    Cependant tel n’est pas notre sujet. J’aimerais plutôt me focaliser sur le BMDA, cet organisme qui détient le monopole de la gestion des droits d’auteurs (Décret N°2.64.406 du 5 Kaada 1384 (8 mars 1965) Portant création du Bureau Marocain des Droits d’Auteurs) et qui est censé défendre l’auteur, compositeur et éditeur en premier lieu. Ce qui devrait être un droit, et une protection pour l’artiste et ses créations, se révèle être un grand flou artistique, l’un des tabous de la vie culturelle au sein du plus beau pays du monde. Malgré tout, artistes, associations, professionnels, entrepreneurs culturels, du monde de la musique, du cinéma, de l’édition, etc.… se mobilisent et se battent depuis plusieurs années pour que, au moins, les lois (votées par le parlement marocain) soient appliquées, et, au mieux, le système réformé. Monsieur le Ministre, même le plus rudimentaire des droits, celui de l’adhésion à cet organisme, est bafoué. Je vous parle en connaissance de cause car j’ai vécu un calvaire administratif pendant trois mois pour m’y inscrire sans que ma tentative ne puisse aboutir (Je vous épargne les détails de cette histoire qui, comme tant d’autres, révèle un dysfonctionnement administratif  aigu). Pourtant ce qui a pris trois mois sans aucun résultat avec le BMDA n’a pris que deux semaines à la SOCAN (Société de gestion des droits au Canada) et ce sans avoir à me déplacer à leurs locaux (effet magique d’internet).

 

     Je voudrais maintenant vous demander de prendre cinq minutes et de jeter un coup d’œil  sur le site web http://www.bmda.org.ma. Commencez par regarder le spot de sensibilisation qui constitue, à mon avis, une insulte à la créativité de l’artiste marocain. Mais peut-être illustre-t-il le mieux le BMDA ? Vous remarquerez ensuite que ce site est une coquille vide, et qu’il n’existe aucune possibilité d’avoir de l’information, ne serait-ce sur l’organigramme, son fonctionnement et ses objectifs spécifiques. Défile encore l’information d’un événement datant d’Avril 2009 (Une question : s’agit-il vraiment d’un organisme  sous la tutelle du Ministère de la communication ?!). N’importe quel artiste aimerait y apprendre que notre BMDA fait preuve d’une transparence inégale, où le dernier des centimes de la convention signée en 2010 à valeur de 13 millions de dhs entre votre Ministère et le BMDA est justifié. Que notre BMDA redistribue les droits à tous les ayants-droits qui voient leurs œuvres d’esprit passer en boucle sur les ondes des radios nationales. Qu’il lutte efficacement contre le piratage des œuvres artistiques qu’on trouve à chaque coin de rue. Pour que mes propos ne soient pas mal compris, je n’invoque pas les petits détaillants qui bataillent pour survivre dans un pays où le chômage et le clientélisme bloquent toute ascension sociale, mais je parle de l’industrie parallèle qui profite de l’anarchie ambiante, s’enrichit en produisant des millions de copies chaque jour sans que les ayants-droits puissent toucher leur du. Avez-vous une idée de la manne d’argent dont l’Etat se voit priver, à cause du piratage, et qui pourrait être investi dans le développement de l’économie de la culture, et son épanouissement ?

 

    M. le Ministre, vous avez du travail. Vous avez du travail car l’Histoire ne pardonne jamais, et ceux qui ont défilé avant vous à ce poste n’ont pas su marquer l’Histoire par des actes tangibles. Des actes qui ne se traduiraient  pas uniquement  par « mettre la main à la poche », mais par l’élaboration d’une stratégie à court, moyen et long terme, par le choix de personnes, intègres et qualifiées, à la tête de cet organisme. Des actes qui rendraient la confiance et l’espoir à tous les travailleurs de l’industrie culturelle (encore faudrait-il que celle-ci existe bel et bien).

 

     M. le Ministre je m’adresse à vous car vous n’êtes pas encore nommé Ministre de la communication. Vous êtes actuellement une personne lambda pour la plupart des marocains, vous avez encore l’oreille pour écouter nos revendications. Car, je suppose que, dès que les flashs de la photo officielle vont briller, l’effet de cette lettre ne sera plus le même.

 

 Badre Belhachemi

Auteur, compositeur, interprète & gestionnaire de projets culturels

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