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La gauche marocaine n’est pas encore née


C’est devant une salle comble, où 300 militants de toutes les couleurs de la gauche marocaine ont assisté au débat organisé par l’Espace de dialogue de gauche à Rabat, Mercredi 26 Mai, à Dar Mouhami. Le « peuple de gauche » ayant fait le déplacement a débattu de la thématique « Le projet démocratique vs rôles de la gauche ».

« Nous avons beaucoup parlé du diagnostic de la gauche, au moins depuis 2007. Il faut passer à l’étape supérieure » amorce le débat Hassan Tariq, du bureau politique de l’USFP. Il rajoute que la gauche « doit reprendre l’initiative. Nous ne sommes plus précurseurs, l’Etat a présenté d’autres alternatives ( Rapport du cinquantenaire, rapport IER, … ) à nos revendications constitutionnelles, qui jadis étaient la seule proposition valable. Nous devons opérer une auto-critique collective puis créer ensemble un climat favorable aux réformes. Pour ainsi faire, il faut être fort électoralement ». Ali boutouala, du bureau politique du PADS, est quant à lui revenu aux fondamentaux : « Le projet démocratique pour nous est si clair : celui qui dirige les affaires publiques doit être soumis au vote populaire, son mandat doit être circonscrit dans la durée et son bilan soumis à la sanction du vote. La gauche a un seul rôle : œuvrer à construire ce projet ! ».

A l’opposé de Hassan Tariq, Fouad Abdelmoumni, acteur associatif et militant de gauche, ne croit pas que la gauche peut faire un grand pas d’ici 2012. « Au lieu de focaliser sur les élections, la gauche doit reconstruire son identité. La gauche se définit par rapport au passé, par rapport aux organisations existantes, au lieu de se définir par ses valeurs. Peu importe les élections, il faut construire le projet de société », ajoute Abdelmoumni. « Personnellement, je suis favorable, attentif même, d’une gauche plus à gauche que moi. Le seuil des ambitions de cette gauche, non électorale, doit être supérieure à nous, gauche plutôt réformiste et non pas tournée contre l’USFP ! J’ose avancer, en partageant l’avis de Fouad Abdelmoumni, que la gauche au Maroc n’est pas encore née. Ce débat est essentiellement constitutif d’un référentiel de gauche. Cette gauche ne doit plus être dans les appareils, elle doit sortir vers les intellectuels, les artistes, … qui devraient aussi se positionner ». Rétorque Tariq. Latifa Bouhsini, militante associative et sympathisante de gauche, considère que « l’incident de 2002 n’est pas une simple coïncidence. La gauche doit désormais se positionner sur les vrais sujets : laïcité, équité sociale, … ». Sur ce sujet, Tariq se demande « je ne comprends pas que cette « gauche de principe » ne se prononce pas sur ces sujets ( comme la laïcité ) du moment que les élections ne la concerne pas ou peu ? ». Et Abdelmoumni de conclure : « Pour rester dans l’optimisme que je prône, quand je vois autour de nous, je suis content du Maroc que je laisse à ma fille, il est beaucoup mieux que celui que nous a laissé nos parents. Mais il n’est pas à la hauteur du Maroc auquel j’aspire, celui que je veux lui laisser ! ».

Ont pris part à cette rencontre, dirigée par Mohamed Elaouni, du bureau politique du PSU, également Mohamed Badaoui, bureau politique du PS et Rachid Fekkak, du bureau politique du PPS.

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Profession : Ancien de gauche


J’ai trouvé un texte de Hassan Tariq sur le journal Alittihad d’aujourd’hui très intéressant. Dans la foulée, je l’ai traduit et publie ci-après :

Ils aiment « la gauche » ?

Ils ont découvert dernièrement une multitude de ces innombrables vertus : Elle servirait à remplir les premières cases des CV des nouveaux leaders de l’ancienne droite ; ses mots pourraient servir à remplir les grands vides d’une droite en manque d’idée ; elle servirait à présenter ce qui reste de la pureté pour blanchir le noir des marchands des élections et fossoyeurs de la vie publique ; une partie de son langage pourrait être prêtée pour sculpter « l’hymne » de l’ère nouvelle.

Mais pourquoi tout ce soin pour annoncer ta première identité, non sans étrange gaieté ?

Pourquoi cherchent-ils au soin d’un chirurgien, à l’image de celui qui cherche une ancienne cicatrice, la moindre petite réunion à laquelle tu as, par erreur, assisté dans une organisation de gauche, la moindre cellule à laquelle il se peut que tu ais adhéré deux ou trois semaines, la moindre sympathie t’ayant été traversé adolescent pour une idée socialiste insouciante t’ayant été porté par les vents des 70s ?

Pourquoi ils célèbrent ton annonce à nous comme un ancien de gauche ?

Pourquoi te veulent-ils un ancien de gauche ?

Est-ce par amour à la droite ? Ou par défiance à la gauche ? Est-ce par fidélité aux trahisons ou par éloge aux révisions ? Ou tout simplement parce que le bon homme de gauche est l’ancien de gauche ?

Puis il y a une question remarquable : Pourquoi la droite a toujours besoin d’hommes de gauche ? Cela a-t-il une relation avec « le complexe de droite » ?

Pourquoi te veulent-ils un ancien de gauche ?

Est-ce pour que la gauche paraisse éjectée des nouvelles dualités : « Corruption » ou « obscurantisme », « droite » ou « droite », « droite de l’Etat » et « droite de la société » ?

Est-ce par soin à une ancienne prophétie de Fukuyama, déclarant avec beaucoup de naïveté la fin de l’histoire et la victoire du dernier homme ? L’Etat a-t-il besoin de toi pour qu’il soit convaincu de nouveau par son éternelle justesse et ses victoires historiques sur une société « inaccomplie » ? L’Etat a-t-il vraiment besoin de toi ?

Ils veulent que la gauche paraisse comme une nostalgie poétique à une bruyante enfance, que l’appartenance à la gauche paraisse comme un vulgaire épisode passager dans la direction de la sagesse de « l’Etat » et la raison de la « droite », qu’elle devienne un amour ancien dont on se rappelle sans sentiments, ou une tentative d’expérimenter les choses jusqu’à leur bout avant de toucher l’infaillibilité des modérations.

Ils veulent que la gauche paraissent comme un état biologique, et non comme elle est : un état idéologique, qu’elle soit bonne et convenable et peut être obligatoire avant les vingtaines, mais qui devient un état déviation notoire après. Ils la veulent un age et non une idée.

Et après tout, on s’aventurera et on dira qu’ils aiment la gauche ?

Ils l’aiment cassée et futile, vaincue et perdue dans les yeux des « anciens ».

Ils l’aiment cadavre décomposé devant la nouvelle divinité : le marché.

Ils l’aiment liquide comme l’eau, blanc comme la stupidité, docile comme l’éponge.

Ils l’aiment sans esprit, sans idées, sans souffle, sans vision ni projet ni prolongation au sein de la société.

Ils aiment la gauche …

Et pourtant ils n’aiment pas : l’égalité, la séparation des pouvoirs, la distribution de richesse, la justice sociale, les droits humains, le service public, l’économie solidaire, l’école publique, la presse indépendante.

Ils aiment la gauche …

Et pourtant ils se rappellent pas : des pauvres, les banlieues des villes, l’analphabétisme, les compagnes oubliées, les bidonvilles.

Ils n’en ont pas besoin, ils veulent une gauche light comme, une blague ou un repas rapide.

Ils n’ont pas besoin d’idéologie : ils détiennent le plus important : la médiaologie, les couvertures des revues satine, les cous des pseudo écrivains et les consciences des néo-journalistes.

Ils n’ont pas besoin d’idées, ils ont ce qu’il y a de mieux : les notables, les réseaux, les pouvoirs, l’argent de drogue et le hachich national.

Malgré tout, ils nous surprennent par des théories agitante : que la droite s’allie à la droite contre la droite, ou que les voleurs deviennent une nécessité à la démocratie.

Aiment-ils la « gauche » ?

Ils n’aiment pas la gauche.

Hassan Tariq.

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