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Reviens Bouabid, ils sont devenus fous !


Pour avoir contribué un petit peu 🙂  Je le publie en parallèle avec le Magazine Le Temps, une interview « exclusive » et virtuelle avec Abderrahim Bouabid!

Cela fait 18 ans que vous n’êtes plus de ce monde. Vous y jetez un coup d’œil de temps à autre ?

De temps à autre, ça m’arrive.

Elle est bien chargée l’actualité politique marocaine !

Chargée d’évènements, je vous l’accorde, mais maigre de sens. Ces politiques ont perdu la tête, leur travail n’a plus d’horizon. C’était très clair de mon temps. On savait de quoi s’agissait-il, ce qu’on voulait, et comment y arriver. C’était difficile, certes, mais les enjeux étaient plus clairs.

L’USFP n’a plus cette lucidité, ce n’est même plus ce que c’était. Les « forces populaires » ont déserté pour ne laisser qu’une vague d’opportunistes se négocier des places. Le peu de militants intègres qui y restent se battent encore ou gardent le silence. Vous attendiez-vous à ce sort ?

C’est tout à fait normal. L’Union a été créée sur la base de trois grands mots d’ordre : libération, démocratie et socialisme. L’organisation était puissante, bien ficelée et verrouillée. Le régime avait besoin d’une organisation avec une puissance et une présence pareilles, mais pas assez au point de tirer les ficelles du pouvoir, car ça aurait été dangereux pour le règne de Hassan II. Pour rejoindre le parti, c’était toute une procédure, c’était un parti de militants et d’activistes. Quelle idée cette « ouverture » du parti ! Les règles d’adhésion ont été allégées, on ne vérifiait même plus si ces gens riches qui affluaient vers l’organisation avaient des principes à gauche. Le parti a été miné, tous les enjeux ont devancé les causes principales sur lesquelles nous avons construit l’USFP.

…Auriez-vous démissionné de la politique ?

Je devais le faire au cinquième congrès du parti en 1989. Recevant trop de critiques, j’ai dû me plier à la tendance générale du parti, mais visiblement ce n’était pas la volonté des militants qui voulaient mon retour. Le parti est actuellement là où il est parce que sa direction a fait toutes les concessions possibles et imaginables au régime. Ce n’est pas l’organisation pour laquelle beaucoup de militants ont sacrifié leurs vies.

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Agonie politique


Au risque de choquer certains, le dernier remaniement ministériel est pour moi un non-évènement. Il vient juste pour confirmer les quelques remarques suivantes, partagées par tous :

  • Le Makhzen devient plus transparent : En nommant l’avocat du palais ( celui qui serait derrière toutes les affaires de la presse ) au poste de ministre de la justice, le totalitarisme se clarifie.
  • La nomination de Lachgar ( voir caricature ) et le limogeage de Radi ( après ses fameux 17 projets de loi, sentie comme une éjaculation ) est un message adressé à l’USFP : faire durer les tensions et dévier les débats internes. Le Makhzen ne se plie pour que taire les mauvaises langues et n’accède jamais à la demande de démission.
  • AVISER les chefs de partis à la dernière minute, renforcer la technocratie, ôter au premier ministre son pouvoir, constitutionnel par ailleurs, de proposition ( seulement ), … ne fait que engloutir l’image, déjà ternie, de la politique dans ce pays, et prouve encore une fois que l’élite se forme dans l’informel.
  • L’acceptation humiliante par tous de ces actes prouvent la corruption morale, au moins, de toute la classe politique.
  • Attention à tous les politiques : Le parti du Roi limoge ( Benmoussa ), nomme ( Lachgar ), … et fait des carrières pour les plus ambitieux! Tout ceci en étant dans l’opposition 🙂
  • Le Roi règne, gouverne, légifère, juge, … sans opposition!

Le débat au sein de l’USFP, déjà agonique, sera encore une fois dévié, on nous laissera parler de Radi, Lachgar et autres « zaïms ». Non. Qu’on ne nous voile pas les questions de fond : Que font-on dans ce pays? Voilà la question à se poser!

Réitérant un souhait que j’avais formulé avant, resté sans réponse :

ها العار اعطيونا التيساع

« Frères Elyazghi, Radi, Elmalki, Oualalou et Lachgar,

Je vous respecte énormément. Vous avez été mes idoles pour longtemps. Nous avons grandi dans ce parti et nous vous avons trouvé. Vous avez milité pendant longtemps, personne ne pourra vous le contester. Vous avez beaucoup donné au parti, au Maroc et aux marocains. C’est bien.

Aujourd’hui, j’ai pensé à vous,après qu’on ait pu nous évaluer. J’ai trouvé que vous avez bien besoin de vous reposer. La responsabilité vous a usé et vous a pris de vous même et de vos familles.

Alors, pour ceci, je vous propose le package suivant :

  • Vous laissez le parti aux jeunes, ne craignez rien, ils sont bien capables de le garder et l’USFP ne coulera pas après vous.
  • Je vous mets sur l’image en haut avec nos leaders historiques.
  • Nous construisons, dans notre siège de Riad, un musée à votre mémoire. Comme ça, toutes les générations se souviendront de vous.

Merci de me répondre avant le congrès,

Veuillez accepter, chers frères, l’expression de mes respects les plus profonds. »

On avait Abderrahim, merci Si Boubker Kadiri de nous l’avoir rappelé lors de sa cérémonie de mémoire le Samedi dernier, « Abderrahim savait dire non. Nous n’avons personne aujourd’hui qui ose le dire! »

Liberté de la presse vs sacralité de la santé du Roi


Dans un geste progressiste, un communiqué du palais royal, premier du genre ( Cf communiqué sur la bonne santé du Roi ), informe les marocains que « SM LE ROI EN CONVALESCENCE DE 5 JOURS, MAIS SON ÉTAT DE SANTÉ NE JUSTIFIE AUCUNE INQUIÉTUDE ». Nous ne pourrons que se féliciter d’un acte de transparence de haute qualité et souhaiter prompt rétablissement au Roi.

Le cœur du communiqué parle de « Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’Assiste, présente une infection à rotavirus avec signes digestifs et déshydratation aiguë nécessitant une convalescence de cinq jours ». Voilà ce qui donne envie au commun des mortels, de savoir ce que c’est ce rotavirus.

La presse écrite marocaine s’est saisie de l’occasion de l’ouverture et la transparence affichée par l’institution centrale du pays et a cru, comme tout le monde, naïvement, que « l’information est sacrée, le commentaire est libre ». Chaque publication fera son affaire pour donner le scoop, commenter l’événement de transparence inédit et surtout expliquer ce que veux dire ce mot bizarroïde de rotavirus.

Premier acte après la publication des dossiers, « Le parquet près le tribunal de première instance de Rabat a ordonné à la police judiciaire de diligenter une enquête minutieuse avec le directeur de publication du journal “Al Jarida Al Oula”, suite à la publication, le 27 août 2009, d’un article intitulé “la maladie du Roi reporte les causeries religieuses et Son déplacement à Casablanca”, ainsi qu’avec toute personne impliquée dans cette affaire ». Ali Anouzla et Bouchra Addou passent plus de 80 heures d’interrogatoires, notamment sur la source qui leur avait révélé que le Roi « était atteint d’asthme et qu’il est traité de médicaments à base de corticoïdes ». Mieux encore, le parquet ne lui suffit pas deux journalistes. Il interpelle les journaux Alayam et Almichal.

Alayam a titré « la vérité de la maladie de Mohamed VI ». Dans son dossier, la publication se demande si le Roi « souffre d’une maladie de l’asthme » et martèle que « seul Dr Maouni, médecin du Roi, est capable de répondre ». Abdelkrim Elmanouzi, spécialiste de l’appareil digestif, figure de gauche de l’USFP, explique que le fait que « le Roi soit atteint du rotavirus est une chose normale, parce que c’est une maladie démocratique » ! Il ajoute « que c’est une maladie normale qui ne nécisste pas plus d’une semaine de convalescence ».

Almichal, quant à lui, a consulté un autre spécialiste, Boubekri Mohamadine, membre du PSU et président du syndicat libre des médecins. Le pauvre Toubib de gauche a subi un interrogatoire pointu de plusieurs heures. Fait rapporté par Le soir Echos dans sa livraison du Mardi 08 Septembre.

Dernier développement dans l’affaire, « Le directeur de publication du journal « Al Jarida Al Oula », Ali Anouzla et la journaliste Bouchra Edaou, auteur de l’article « La maladie du Roi reporte les Causeries religieuses et Son déplacement à Casablanca », publié par le journal, comparaîtront le 29 septembre devant le tribunal de première instance de Rabat », selon un communiqué de la MAP.

Récapitulons : 10 journalistes ont subi des interrogatoires marathons, un médecin interpellé. Le communiqué officiel initial parlé de « fausses informations concernant la santé du Roi » qui n’ont pas de lien avec « la vérité » que contient le communiqué. Je ne suis pas peut-être spécialiste de la presse, mais je ne comprends pas qu’il puisse exister, avec mon background, « une vérité » que la presse serait obligée de relayer. Bien sur, comme d’habitude, quand tu fais taire ta presse, celle des autres, qui généralement n’a aucun souci national, profite pour te donner des leçons, ne serait-ce qu’ici, ici et . Fekha yamen we7eltiha. Je pense à notre camarade khalidov, qui me traitera de tous les noms. Tout simplement, vous faites la gaffe, après vous venez criez, au nom du patriotisme, que l’on soit solidaire face à cette presse, qui si vous la contrôliez, elle sera aussi sous le verrou. Et remarquez que je n’ai aucune sympathie pour cette presse, je défends tout simplement un principe universel, qui s’appelle la liberté d’expression, qui, selon l’artcile 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme, veut dire « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. ». Je suis sur que le Roi, comme il l’avait montré dans de précédent cas, fera signe d’indulgence et abandonnera la poursuite collective des journalistes !

Remarque qui n’a rien à voir avec ce qui précède. Le journal arabophone du parti du premier ministre titre à sa une samedi dernier : « La compagne agressive contre ce chef d’Etat [Cf Kaddafi] frère est la cause de la convocation du président du polisario à la Libye ». Cela ne mérite pas une poursuite, dans la même logique, pour information abrutissante touchant la sacralité de la cause nationale !

91%, 9%, censure, … que veut dire tout ceci.


S’il y a un côté positif à cette affaire de censure de Tel Quel, Nichane et Le Monde, c’est bien les enseignements, majeurs et actuels, du sondage réalisés par ces publications. Dans cette réflexion, j’ai essayé un peu d’analyser le marocain, à travers ses réponses au questionnaire tout en me munissant des dernières connaissances dont dispose le Maroc. Je prends comme postulat de base que le sondage n’est pas biaisé, faisant foi au cabinet, mandaté des fois par des départements gouvernementaux du Maroc. 9%, 91%, … que veut dire tous ces pourcentages ? Décortiquons à travers une autre déchirure/clivage de la blogoma, voire de la société à travers les résultats.

1er constat :

Le premier résultat du sondage, et qui a provoqué la déchirure, met en lumière que 91% des marocains estiment que le bilan des 10 années de règne est positif ou très positif. Les 9% restants ( d’ailleurs ils sont tous recherchés J ) estiment le bilan plutôt négatif ( 6% ), ou très négatif ( 2% : ah ceux là, ils sont cuits J ) ou sans opinion ( 1% : hadou ilyah ). Les 91% englobent, selon les statistiques officielles du HCP, des riches, des classes moyennes et des pauvres ! Imaginez, le citoyen lambda, qui ne touche pas le smig, qui habite le bidonville depuis des années, qui n’a pas un travail fixe, qui n’a pas scolarisé ses enfants, … se trouve aussi dans les 91% ! d’un autre côté, je ne peux, d’une manière scientifique, quantifier les composantes des 9%, mais j’estime, comme d’autres d’ailleurs, que parmi les 9%, il y a des gens qui ont vu leur situation s’améliorer durant les 10 dernières années. Ceci est à mettre en liaison avec le résultat du même sondage qui illustre que 63% estiment que la situation de la pauvreté n’e s’est pas amélioré !

Mon commentaire : 1 – Soit le Maroc est un pays complexe socialement au point qu’aucune analyse connue ne permet de le comprendre, soit le sondage ( théorie du complot ) est foncièrement biaisé. 2 – Arrêtons de réduire, par simplisme primaire, les 9% ou les 91% à des détracteurs et des fanatiques de la monarchie. Ce simplisme a fait perdre au pays de longues années, et nous avons TOUS compris que ceux qui tenait ce discours ( les Oufkir, basri, … ) étaient les premiers à trahir la monarchie. Les 91% et les 9% émettent leurs jugements sur la gestion du pays durant 10 ans, marquée par le règne du Roi Mohamed VI. Ils ont le mérite de procéder ainsi à un exercice nouveau de comptabilité de la gestion de la chose publique. 3 – Le clivage qui se crée autour de cette question marquent la bonne santé du débat politique sociétal du pays, qui malheureusement tarde à se concrétiser sur la scène politique ( partisane, parlementaire, … ). Les 9% ont le mérite d’exister. Et s’ils était juste 0,9%, j’aurais été parmi eux, parce que, même si l’on suppose que leur jugement est « incorrect », ils font que la critique soit le moteur de l’avancement, apprennent l’exercice de la démocratie et évitent au pays la pensée unique. Et dernier point, les 9% ne soutiennent pas ARB contre Niny, ni Nini contre Khalid Naciri, … ils veulent juste avoir le droit à l’information et le droit à exprimer leurs opinions.

2ème constat :

18% des marocains ne savent pas si nous sommes dans un régime démocratique ou pas ! En réponse à la question « Diriez-vous, globalement, que le Maroc aujourd’hui est … », ils étaient 49% à estimer qu’il est une monarchie démocratique, 33% à estimer qu’il est une monarchie autoritaire et 18% sans opinion. Les 33% pensent que la monarchie est autoritaire et doit le rester. Selon Le Monde, ils estiment qu’ « il vaut mieux que le pouvoir soit entre les mains du roi qu’entre celles des élus corrompus » !!!

Mon commentaire : je ne vais pas m’aventurer à produire un jugement de valeur envers le marocain lambda, plus par désir d’aller de l’avant. En excluant les 18% ( qu’il faudra que nos « intellectuels » traitent de manière sérieuse ), les 49% et les 33% légitiment les 9%. Comment ? Je m’explique. Ceux qui croient que nous sommes en démocratie doivent comprendre que nous ne pourront pas être d’accord sur un bilan, en une démocratie, et de ce fait, les 9% existent naturellement ou doivent exister. Quant au 33%, ils seront d’accord, que même dans un système autoritaire, il se peut qu’il y ait des « refuzniks », « minables », abominables ( ga3 ) qui sont à la marge du consensus communément admis. Quant au 18%, ils n’auront certainement aucun avis des 9% !

3ème constat :

Il se trouve que 79% des marocains estiment que la moudawana a donné « trop » ou « assez de droits aux femmes » et que de toute manière, il ne faut pas aller plus loin !

Mon commentaire : Le Maroc est majoritairement conservateur. Ceci explique aussi les 91% !

Globalement, loin des « leçons » des frakaouis du journal « Le Monde », des débats stériles sur les chiffres et pourcentages, des publicités de tel quel ou almassae, si ce sondage Tel Quel – Nichane – Le Monde n’a pas existé, il fallait l’inventer ! il a au moins le mérite d’avoir permis de comprendre comment réfléchit le marocain aux dix années passées, et de facto, à son avenir. Il a aussi servi à provoquer le débat, pas toujours possible en dehors des sphères intellectuelles.

Voilà pourquoi j’estime que le « mouvement » des 9% a réussi!

Sodage censuré au Maroc!


Maroc: Mohammed VI très populaire, selon un sondage interdit dans son pays

(AFP) – PARIS — Les Marocains portent un jugement très positif sur leur roi, Mohammed VI, bien qu’ils soient réservés voire sceptiques quant à son action contre la pauvreté et pour la promotion des droits des femmes, selon un sondage publié lundi par le quotidien Le Monde.

Le Monde s’est associé à l’hebdomadaire marocain TelQuel et à sa version en arabe Nichane pour mener ce sondage sur le bilan du souverain, dix ans après son accession au trône.

La publication de ce sondage a été à l’origine de la saisie par le ministère marocain de l’Intérieur des deux derniers numéros de TelQuel et Nichane. La monarchie au Maroc “ne peut faire l’objet d’un débat, même par voie de sondage”, avait expliqué samedi à l’AFP le ministre de la Communication Khalid Naciri.

Selon ce sondage, les Marocains sont 91% à juger positif le bilan des dix premières années de règne (40% très positif et 51% plutôt positif), contre 6% qui le considèrent comme plutôt négatif et 2% très négatif. Ils sont également 49% à estimer que le Maroc est une monarchie démocratique, contre 33% qui la jugent autoritaire, tandis que 18% sont sans opinion.

L’enquête a été conduite du 27 juin au 11 juillet par l’institut LMS-CSA, filiale au Maroc de l?institut de sondages français CSA, auprès d’un échantillon représentatif de 1.108 Marocains de plus de 18 ans. Les questions ont été posées en arabe.

Le sondage montre cependant que les Marocains sont très réservés sur l’action du roi dans la lutte contre la pauvreté et sur la réforme du code de la famille. Concernant la pauvreté, ils sont 37% à penser que la situation s’est améliorée dans les dix dernières années, mais également 37% à juger qu’elle n’a pas évolué, tandis que 24% d’entre eux estiment qu’elle s’est aggravée.

L’une des grandes réformes de la dernière décennie, celle du code de la famille qui, depuis 2004, fait des Marocaines les égales des hommes sauf en matière d?héritage, est loin de remporter l’adhésion des personnes interrogées. Elles sont 49% à penser que la réforme donne trop de droits aux femmes, 30% à juger qu’elle en donne suffisamment et ne doit pas évoluer, contre 16% qui jugent qu’il faut aller encore plus loin.

Au Maroc, Mohamed VI règne, gouverne, juge, légifère, … sans opposition!


J’avais commencé depuis un certain temps à écrire mes impressions à l’occasion du 10 anniversaire de l’intronisation de Mohamed VI, puis j’ai arrêté en me disant que plusieurs analystes auraient fait pareil, et par paresse, je les laisse faire. Entre « nouveaux orientalistes » et réfuzniks, peu d »analyses objectives sur les 10 ans de règne. C’est ainsi quand Larbi a lancé son appel, il m’a implicitement encouragé à participer au « jeu ». Je le remercie de m’avoir poussé à transcrire ce que je pense être un regard, parmi tant d’autres. J’espère être aussi positif, citoyen et responsable 🙂 J’aurais certainement oublié beaucoup de détails, mais 10 ans, en 10 paragraphes, c’est assez réducteur. J’espère avoir contribué à une lecture objective et constructive. Alors que Malika Ahfiri pense que « ce que l’on constate très nettement est que les dix années de règne du Roi Mohammed VI sont appréciés. Applaudis. Le Roi est aimé au Maroc. Il n’est pas craint. N’est ce pas là l’une des plus rassurantes et belle transition démocratique du Royaume? », Politis se demande : « Doit-on pour autant prétendre que les dix dernières années sont à passer par pertes et profits pour le Maroc ? », tandis qu’un fan et « … » d’internet, Baskaoui estime « devant de tel gouvernement les marocains n’ont confiance que dans les décisions sage de SM Mohamed 6 ,car les marocains sont maintenant sûr que ni le gouvernement ni les parties politique ne sont pas encors apte a prendre la responsabilité et que seule les directives royales était là pour corriger les erreurs incessantes du gouvernement et le pousse à penser aux intérêts des marocains non à ses intérêts personnelles. » Laurent, blog casawaves, estime quant à lui  qu’ « En conclusion, beaucoup de choses sont à construire, mais l’avenir est ouvert ». Vous aussi, vous pouvez en parler. Essayez 🙂

Au Maroc, Mohamed VI règne, gouverne, juge, légifère, … sans opposition.

Beaucoup d’observateurs ont porté un grand espoir sur le règne du Roi Mohamed VI. L’image du Roi jeune, moderne et proche de son peuple a ravivé toutes les espérances. Bien des réalisations notoires ont pu voir le jour, mais ces mêmes observateurs ont omis, ou alors oublié sous l’effet de l’espoir, que le régime est marqué de continuité, la monarchie ne peut être que conservatrice, cherchant la stabilité du pays et la pérennité du règne.

Objectivement, le règne du Roi Mohamed VI a pu faire entrer le Maroc dans une spirale vertueuse de croissance économique, mal répartie par ailleurs, et de réformes. Tout honnête observateur remarquera le changement, en terme d’infrastructures, de comportements, d’attitude de l’administration, de « marges » de liberté, … certes, mais la rupture avec les pratiques du passé n’a pas été consommée. Il est aussi important de signaler les grands défis hérités par le Roi : Dossier du Sahara, islamisme, révolutionnaires reconvertis au makhzen, lobbies économiques et militaires, atmosphère internationale tendue… Plusieurs avancées notoires sont à mettre au compte du nouveau règne : moudawana, grands chantiers structurant, IER, … mais cela ne s’élève pas à une rupture marquée qui saura porter le Maroc vers une vraie modernité et démocratie.

Sur le registre économique, plusieurs grands chantiers ont vu le jour. Le PIB par habitant a presque doublé depuis 1998, la croissance économique moyenne a dépassé les 4% par an. Certes la croissance est visible, mais la répartition est inéquitable. En bon élève des institutions internationales ( BM, FMI, … ), le Maroc a respecté une orthodoxie exemplaire sur le plan macro-économique, mais n’a pas pu dépassé « l’énigme » de sa croissance ( dixit la banque Mondiale ). De « nouveaux riches » et des « champions nationaux » de l’économie ont vu le jour et ont été les principaux bénéficiaires de la croissance. Malgré les efforts de l’INDH, initiative du souverain censée réduire les inégalités, le pays peine à surpasser le scénario le moins optimiste du « rapport du cinquantenaire » de l’indépendance. Entre « cadeaux » fiscaux, « cadeaux » terriens, protectionnisme tacite et de fait, bulle boursière, les champions nationaux font la pluie et le beau temps de l’économie, et sont souvent alliés à l’entourage du sérail ou de l’empire économique du monarque ONA/SNI/SIGER.

Le secteur social présente le plus grand défi du Maroc. L’analphabétisme bat un taux incomparable dans la région. A ceux qui ont trouvé la fatwa de « Taza est plus proche que Gaza », la banque mondiale a répliqué que l’éducation à Gaza est meilleure, martelant avec un ton humiliant qualifiant le pays de « cancre » de la région arabe ! La situation de la femme a été nettement améliorée grâce à la Moudawana que le souverain a imposé, à raison, à toute la classe politique, après que les progressistes du « plan d’intégration de la femme » ont abdiqué à leur projet devant une démonstration de force des islamistes. Ces derniers profitent de la conjoncture internationale, de l’analphabétisme et de l’enracinement de la religion au sein de la population pour imposer chaque jour des retours en arrière au sein de la société. Les femmes qui ont jadis enlevé le voile « marocain » à l’aube de l’indépendance, signe de modernité, ont importé 40 ans après, des voiles saoudien, égyptien, … voire afghan. Une jeunesse « nayda » ( traduction littérale : debout, en mouvement ) n’a pas pu s’imposer en tant qu’alternative « populaire ». Avec une musique au ton critique, un code vestimentaire libéré, la « nayda » n’a pas fédéré le monde culturel marocain. L’élite d’une autre génération voit en cette nayda un « mouvement de jeunes » qui ne s’élève pas à la « bonne culture ». Largement supportées par des fans jeunes à travers tous le Royaume, les festivités de « nayda » ont été bien assistées par le monde économique, avant que ce dernier se tourne vers des festivals « semi-publics » ( mawazine, Tanjazz, Gnawa Essaouira, spirituel de Fès … ) avec des « associations » bien introduites, dirigées le plus souvent par de grands commis du Makhzen. Le Roi, en 2008, soutient plusieurs groupes de cette mouvance à travers un don et des promesses ( tenues ) de tournage de clips par la télévision marocaine, et par le soutien au « L’boulevard » en 2009, association qui a essentiellement contribué à l’émergence de la nayda. Quant à la libéralisation du Paysage Audiovisuel Marocain, le PAM, elle n’a aboutit finalement qu’à quelques progrès, en laissant émerger quelques émissions radio de talk show et « libre antenne ». Côté télévision, le verrou makhzénien est toujours de mise.

Plusieurs autres défis sociaux de taille sont en jeu. Le mouvement amazigh pose désormais la barre haute. Après son manifeste, la création de l’Institut Royal de la Culture Amazigh, les promesses de la chaîne télévision … le mouvement n’a jamais oublié sa revendication de constitutionnaliser de la langue amazigh. Certains dans ce mouvement pousse vers le radicalisme, notamment dans certains campus universitaires. Ces derniers connaissent maints bouillonnements, dont le dernier s’est terminé par le procès de Zahra, 22 ans, étudiante à Marrakech, et ses camarades. Sidi Ifni, Sefrou, Tilmi, Boulemane, … des régions pauvres vivant dans la grande précarité se sont soulevées sans aucun encadrement politique des forces traditionnelles ( partis, associations, … ) ce qui commence à agacer les autorités. La liberté de la presse est de plus en plus bafouée, soit par de multiples procès, soit par des amendes faramineuses.

La loi tacite du « consensus » stérile bat son plein sur le champs politique. Aujourd’hui, le Roi règne, gouverne, légifère, … sans opposition. Le premier ministre, juste après sa nomination par le Souverain affirme que son « programme gouvernemental est celui des discours royaux ». Encore, un leader du Parti Authenticité et Modernité, PAM, a-t-il déclaré que les « partis politiques marocains se concurrencent dans les élections pour appliquer le programme du Roi ». Ce PAM, constitué autour d’Elhimma, « ami du Roi », vient couronner un long processus où ce dernier avait agi en chasseur de têtes avec une grande base de données, du ministère de l’intérieur qu’il occupait auparavant. Il a recruté à « gauche » comme à « droite » et une année après la formation de son parti, il est classé au sommet des votes !

Le paysage politique Marocain se dirige vers le projet d’assimilation d’une bipolarité : islamistes ( maîtrisés ) et « progressistes » autour du PAM, ce qui convergerait finalement vers le modèle tunisien ou égyptien. La gauche, en perte d’orientation et de projet, n’a plus aucune alternative et est tombée, sous l’effet de sa faiblesse, sous le charme d’une alliance avec le makhzen ou les islamistes. Les réformes constitutionnelles tant attendues depuis le nouveau règne, semblent aujourd’hui loin d’être un horizon visible, malgré l’appel, ou le rappel, à la « monarchie parlementaire » lancé par le 8ème congrès de l’USFP ( principale formation de gauche ), en mal pour ces médiocres résultats aux élections de 2007 et à l’éviction de Youssoufi, partenaire de Feu Hassan II dans l’expérience de l’alternance.

Aujourd’hui, alors que le règne de Mohamed VI perd sa qualité de « nouveau » après dix ans, les choix du souverain semblent être décidés : Renforcer les infrastructures du pays, renforcer les pôles économiques régionaux, œuvrer dans une politique sociale, renforcer l’image moderne du Maroc à l’étranger, … quant à la démocratie, la séparation des pouvoirs, l’équité sociale, … ils sont en seconde priorité. Modernité économique, de buildings et d’ouvrages, … la modernité poltique serait reportée sine die!

Mounir BENSALAH.

Le journal d’Ali Ammar, la grande polémique.


A la sortie du livre « Mohamed VI, le grand malentendu » de Ali Ammar, ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire « le journal », et face la compagne médiatique qui a précédé sa parution, nous étions un groupe d’amis à aller chercher un exemplaire du livre dès sa sortie. Nous avons été persuadés, au delà du titre du livre un peu provocateur, mais tolérable d’un point de vue journalistique et marketing, d’y trouver un regard profond sur les dix années écoulées, caractérisées notamment par un nouveau règne, mais aussi de changements profonds affectant le Maroc du 21ème siècle. L’attention que je portais à ce livre puise dans l’expérience appréciée de l’hebdomadaire meublant un espace médiatique à la liberté de ton embryonnaire au moment de sa sortie. Et de ce fait, nous nous attendions, comme dit précédemment, à un regard critique du nouveau règne, d’une analyse profonde des dysfonctionnements et peut être à un éventuel focus sur les avancées réalisées.

En avançant dans ma lecture, je m’étonne un peu du style narratif d’un texte que l’on suppose critique. Outre cet aspect, le récit de l’auteur focalise le Maroc sur quelques protagonistes : Mohamed VI, Hassan II, My Hicham, Driss Jettou, André Azoulay, Aboubakr Jamai ( ou le journal ), Driss Basri, Ali Himma, Mounir Majidi. C’est justement ici que l’on peut se poser pertinemment la question sur la partialité du récit qui prétend critiquer une ère du nouveau règne au Maroc, tout en mettant en scène peu d’acteurs, abstraction faite de leur poids et leur implication dans les évènements, et surtout des acteurs individuels. Ces réflexions seront vite confortées par des réactions compromettantes, voire violentes envers le récit, de la majorité de ces protagonistes, du moins ceux qui sont en vie. « j’ai cessé tout contact avec Ali Amar depuis deux ans, en raison de doutes sur son intégrité. » dixit My Hicham. Il va plus loin en révélant à l’hebdomadaire Tel-Quel : « il appartient ainsi à Ali Amar d’assumer les atteintes à la vie privée et à la réputation de nombreuses personnes -de la famille royale aux militants de la société civile, en passant par ses confrères journalistes – qu’il juge expéditivement dans son livre, souvent au mépris des faits et sans jamais leur donner l’occasion de présenter leur part de vérité. ». Aboubakr Jamai, fondateur du « Journal » a aussi été frustré par le texte de son ancien cllègue, au point que l’hebdomadaire ait censuré des passages du livres qu’il allait étalé sur 8 pages ! Jettou, a démenti catégoriquement les propos dont il est révélateur selon le livre. Il dit être victime de détournement de propos.

Enfin, je suis resté sur ma faim. Un livre qui finalement ne raconte rien, rien que des anecdotes, des « off », des propos lancés dans l’intimité, … vite démentis. Aucune analyse de la part de l’auteur. C’est frustrant.

Ou est passé le Roi?


Depuis plus d’un mois, le Roi Mohamed VI n’a pas eu d’activités officielles. A part deux, ou trois  communiqués ( condoléances aux victimes de mawazine, confirmation de Abbas Elfassi, condoléances Bango ), aucune activité officielle. En ces moments où le Maroc prépare des élections communales, le Roi serait, selon des indiscrétions des médias, en vacances personnelles à Paris.

Sommes nous en mesure de nous poser ces questions :

  • L’absence prolongée du Roi fait-il croire que les institutions marchent bien et à l’horloge suisse?
  • Le Maroc est-il passé à la phase d’une monarchie constitutionnelle, où la concentration des pouvoirs aux mains du Roi n’est qu’un artifice?
  • A qui sont déléguées les prérogatives de la gestion quotidienne du pays, détenues par le chef de l’Etat?
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