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Je ne veux plus participer à la promotion du paysage audiovisuel !


Lettre d’un citoyen au ministre de la communication.

Monsieur le ministre,

Je vous écris aujourd’hui pour vous demander de prendre en considération ma requête pour la restitution de « la taxe pour la promotion du paysage audiovisuel » à partir de ce mois.

Je suis un citoyen marocain, habitant à Casablanca. Ma facture mensuelle déléctricité du mois d’Août 2009, au nom de Lydec sous n° 835612593 PV, d’un montant de 84,30 dirhams, comporte dans son verso, une mention de taxes récoltées par la société délégatrice au profit de l’Etat Marocain d’un montant de 16,89 dirhams. Entre autres taxes, figure un montant de 7,10 dirhams correspondant à la « taxe pour la promotion du paysage audiovisuel ».

Monsieur le ministre, conscient que nulle demande ne peut être rétro-active, je ne vous demande pas de me restituer la somme des montants de la dite taxe payés au titre des anciennes factures. Je vous prie, par contre, de considérer ma demande de ne plus participer, en tant que citoyen, à la « promotion du paysage audiovisuel ». Je vous explique ci-après les raison d’une telle demande :

Premièrement, je ne regarde pas les chaînes de télévision nationales. Ce qui m’intéresserait dans les programmes de télévision, ce sont les informations, les matchs de football de la champion’s league européenne, les talks shows politiques. Il se trouve que nos chaînes nationales ne retransmettent pas mes matchs préférés, ne diffusent pas les informations qui m’intéressent et ne diffusent les débats politiques que lors d’échéances électorales. Pour suivre mes programmes préférés, je suis obligé de « zapper » vers les chaînes satellitaires étrangères. J’ai même arrêté de voir la télévision quand j’ai contracté un abonnement Internet haut débit, qui me permet de choisir les programmes qui me sied.

Deuxièmement, les responsabilités de gestion du pôle public ne sont pas soumis à mon contrôle, via les représentants que j’ai choisi au titre des élections législatives. A ce titre, les marocains, peu nombreux d’ailleurs, qui ont voté en 2007 pour choisir des représentants au parlement, ont voté pour des partis politiques. Ces représentants, une fois en coalition de majorité, appliquent le programme pour lequel ils ont été choisi. Or il se trouve qu’aucun parti n’a présenté une vision pour l’audiovisuel, ce qui me fait croire que le gouvernement n’a pas une politique spécifique dans ce domaine et n’a aucune autorité sur les responsables de ce pole, pourtant public, id est qui est mien, entre autres citoyens. Aucun responsable n’a été nommé à l’initiative du gouvernement, issu de la majorité parlementaire !

Troisièmement, je trouve exagéré de dépenser, selon les indiscrétions, parce que personne ne m’en rend compte, environ 8 ou 9 millions de dirhams pour des programmes spécifiques, dits comiques, du mois de Ramadan, qui au goût de beaucoup de mes concitoyens sont « décevants » voire « déprimants » même. Encore des millions de dirhams, issus de la « taxe pour la promotion du paysage audiovisuel » ou du budget de l’Etat, finalement du contribuable, pour des émissions du genre « télé-réalités » me paraissent invraisemblables. La « télé » de « réalité » devrait refléter le vécu des marocains et non chercher à le folkloriser. Dépenser des millions pour un nouveau « plateau des informations » sans informations à transmettre me paraît exagéré alors que des chaînes de grande audience étrangères transmettent les informations d’un décor en plein air, sans aucun investissement de décoration.

Camarade, si j’ose encore vous appeler ainsi, partageant une certaine « sensibilité » de gauche, vous avez traité des citoyens comme moi dans un article, initiative qui mérite toute félicitation pour un ministre qui « communique », d’affectés de « nihilisme sublimé », « opposés à tout ce qui se fait » dans votre tribune concernant la censure des magazines Nichane et Tel Quel. Vous ajoutiez « Si ce pays a encore du ressort, il est temps que chacun assume ses responsabilités. Le Maroc est un pays en transition, mais paradoxalement sans débat ! Cela ne peut continuer de la sorte. ». Alors, répondant à votre appel au débat, je vous révèle que, personnellement, je n’assume pas ce « nihilisme » dont vous nous traitez, par contre j’assume toute ma responsabilité dans la requête formulée ci-haut. Vous poussez, camarade, les citoyens soit à choisir entre supporter votre acte de censure ou être dans le « nihilisme sublimé », voir même se situer avec les « les nihilistes sincères ». Dans ce cas, permettez moi camarade de vous exprimer mon choix, assumé cette fois, de nihilisme, si telle est sa définition, son clivage.

Excellence le ministre, quand la télévision publique ne répond pas à mes besoins, je suis dans mon droit de réclamer ma participation à la « promotion » du PAM, paysage audiovisuel marocain. Je présume que parmi mes concitoyens, il se peut qu’on soit une minorité, que j’estime arbitrairement à 9%, à ne pas vouloir soutenir ce PAM. Ces 9% de marocains, estimés à 675.000 personnes ( 9% de 30 millions, avec l’hypothèse d’un foyer moyen de 4 personne par famille ) participeraient à hauteur de 4.792.500 dirhams ( sur la base de ma facture ) mensuellement, soit 57.510.000 dirhams annuellement. Personnellement, je souhaite que cette somme, somme toute conséquente, soit versée pour la promotion des troupes de théâtre, des groupes musicaux de la nayda, ou la construction de maisons de jeunes, la promotion des colonies de vacances ( 75.000 bénéficiaires cette année, contre 220.000 il y a deux ans ) ou aux clubs de sport dans les différentes régions du Maroc.

Enfin, je vous prie, Monsieur le ministre, de dépasser votre sensibilité à mon « nihilisme » pour traiter, avec le grand soin, ma requête de citoyen.

Mounir BENSALAH.

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